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Couac à l'agence de développement, Ch Jamin «nous n'avons plus les moyens de la division».

Il y a quelques semaines, les chefs d'entreprises, membres du bureau de l'agence de développement annonçaient leurs démissions en bloc de leurs postes. Relire notre information : Agence de Développement : les chefs d'entreprises démissionnent et bousculent l'ordre établi). Ils reprochaient aux présidents des Communautés de Communes de tutelle, Gennes, Longué, Doué-la-Fontaine et Saumur de ne pas prendre une position claire quant aux rôles et les finalités de l'agence. Pour mieux comprendre, nous avons interrogé le président fondateur du Grand Saumurois, Charles Henri Jamin.


Au printemps 2014, l'Agence de Développement économique du Saumurois de Saumur Agglo devenait celle du Grand Saumurois. Elle devenait le symbole de la nouvelle instance intercommunale qui s'était construite sur l'idée d'un développement économique harmonieux sur le bassin de vie des quatre collectivités. Pour mener à bien cette idée, les collectivités ouvraient leurs portefeuilles et finançaient l'association à hauteur de 270 000 euros.

A l'automne de la même année, rien ne va plus à l'Agence, les chefs d'entreprises laissent entendre que les collectivités les écartent de l'accompagnement des entreprises et que celles-ci préfèrent jouer chacune en solo. Elle demandent des clarifications aux élus quant au rôle attendu de la structure d'accompagnement économique. Les différentes parties ont prévu de se voir en novembre. Un incident symbolique des de la difficulté qu'ont les territoires à se réformer.

Charles-Henri Jamin a été le président fondateur du Grand Saumurois qui a vu fusionner le Pays Saumurois et le Schéma de Cohérence Territoirial. Le Grand Saumurois fédère un bassin de vie de 100 000 habitants sur les communautés de Communes de Doué la Fontaine, Gennes, Longué et Saumur. Avec la nouvelle loi qui pourrait imposer un seuil de 20 000 habitants aux « Com Com », le Grand Saumurois pourrait devenir le nouvel étage de décision et devenir une métropole rurale, comme le souhaite l'Etat.
Rappelons que, dans le même temps, l'Agglo d'Angers annonce qu'elle va se structurer en une Communauté Urbaine de 235 000 habitants (le Maine-et-Loire compte 700 000 habitants) et que l'existence des départements est remise en cause.

Le Kiosque : Vous êtes à l'origine de la construction du Grand Saumurois. Avez-vous pensé que cela soit un jour tendu au sein de l'Agence de Développement entre élus et chefs d'entreprises, alors que cette agence devait devenir le bras armé de l'économie supra-communale ?


Charles Henri Jamin : "Qu’il y ait des tensions et difficultés dans un projet d’une telle ampleur avec de tels enjeux n’a rien de surprenant. Là où il n’y a pas de tensions, il n’y a pas de vie ! Voilà une preuve de plus, s’il fallait encore s’en convaincre, que le Grand Saumurois est d’une importance vitale pour notre bassin de vie.
Avec le Grand Saumurois, les 64 communes qu’il recouvre ont l’outil adapté qui leur permet de relever ensemble les défis de l’attractivité territoriale et du développement économique dans la compétition qui se joue entre territoires au niveau régional, national et européen. Alors qu’avec l’émergence quasi hégémonique des métropoles et la raréfaction des moyens publics, le contexte est terriblement fragilisant pour des bassins de vie comme le nôtre.
Le Grand Saumurois s’est créé sur une volonté politique partagée, unifiée, et donc concentrée et forte. Dire que cela a été simple et sans problème serait mentir. D’ailleurs, si cela l’avait été, on serait en droit de se demander pourquoi cette union des territoires ne s’était pas faite plus tôt. Avant d’en être le 1er président, mon rôle aura été durant 4 années de favoriser ce rapprochement, entre des personnalités pourtant fortes et tout aussi différentes que celles en présence aujourd’hui, représentant des territoires aux caractères marquant, chacun à leur façon, l’identité saumuroise. Nous avons su collectivement, avec les quatre présidents des EPCI concernés, placer l’intérêt supérieur du territoire en priorité à toute autre vision plus individuelle : là est le secret de la réussite de sa genèse. Elle devra être aussi celle de son avenir dont un des défis sera de traduire cet élan d’unité territoriale de façon concrète dans les secteurs de l’économie, du tourisme, du numérique, et d’autres encore. L’harmonie territoriale doit primer pour donner toutes ses chances au Saumurois."


Le Kiosque : La structure n'était pas assez mature pour réussir pour voir le jour ?

Charles-Henri Jamin : "Je n’ai pas lu que le Grand Saumurois n’avait pas réussi. Ce qui semble faire débat, c’est une divergence de vues sur l’organisation du volet « Économie ». Le Grand Saumurois recouvre bien d’autres volets pour lesquels il n’y a pas, à ma connaissance, de crise ouverte, comme celui de la « Santé » par exemple.
Sur votre question plus largement, ce n’est pas la maturité de la «structure», comme vous dites, qui compte. C’est ce qu’on en fait. Est-ce qu’une voiture neuve est moins mature qu’une voiture de 50.000 kms ? Non. Ce qui importe maintenant, c’est que l’outil, mot que je préfère au mot « structure », existe. Je le redis : la première étape capitale a été celle d’une expression politique large. Trois Communautés de Communes (Doué-Gennes-Longué), une Agglo (Saumur) et soixante-quatre communes ont acté positivement, dans le respect d’un processus démocratique, avec une majorité quasi-unanime et donc indiscutable, la création du Grand Saumurois. Certes, c’est perfectible. Mais pour l’être, encore fallait-il qu’il existe. Beaucoup de travail reste à réaliser pour mon successeur et l’équipe qui constituent le bureau. Je ne doute pas un instant de leur mobilisation en ce sens."


Le Kiosque : Les chefs d'entreprises laissent entendre que des intérêts personnels pousseraient les élus à ne pas mutualiser leurs forces économiques ?

Charles-Henri Jamin : "Des intérêts personnels ? Si c’était le cas, ce serait dramatique. Je ne veux pas y croire. J’espère qu’il s’agit plus d’un débat sur le fond qui est d’ailleurs très sain, que nous avions entamé sous la précédente mandature, sereinement, et qui repose sur deux questions :
- Quels sont le rôle et la compétence d’une agence de développement économique à l’échelle d’un bassin de vie comme le Grand Saumurois, avec quelle spécificité par rapport à ce qui existe déjà par ailleurs dans le domaine de l’entreprenariat (CCI, Chambre des Métiers et Chambre d’Agriculture ; mais aussi CIDES et BNI (1) pour ne citer qu’eux, sans oublier les services de développement économique existants dans les collectivités) ?'
- Comment se traduit dans une même organisation et avec quel type de gouvernance l’indispensable complémentarité entre des élus de collectivités, qui ont la responsabilité de l’aménagement du territoire, et des chefs d’entreprise, qui ont l’initiative de la création de richesses, de telle sorte qu’ils contribuent au mieux à répondre à la première question ?
Il n’y pas de crise à se poser ces questions. Il y aurait crise si le dialogue était devenu impossible. Mais je ne crois pas que ce soit le cas. Il y a débat, avec un coup de semonce rendu public du côté des chefs d’entreprise qui n’ont pour le moment pas démissionné effectivement de quoique ce soit. C’est un débat, en somme…
"

Le Kiosque : A l'inverse, trouvez-vous normal qu'une structure financée par les élus ne soit dirigée que par des chefs d'entreprises ?

Charles-Henri Jamin : "A-t-il été question que, seuls, les chefs d’entreprise dirigent l’Agence de Développement ? Je ne crois pas… Ce qui est en jeu, c’est : qui fait quoi, pourquoi et avec quelle responsabilité et quelle capacité de décision. C’est un vrai sujet !
Il faut cependant remettre les choses à leur place. Les chefs d’entreprise ont beaucoup à apporter aux décideurs publics, d’autant plus qu’en matière de développement économique, ils s’y connaissent par nature puisque l’économie, c’est eux qui l’animent par leur créativité, leurs initiatives, leurs prises de risque en matière d’investissements. De leur côté, les élus, décideurs publics, ont eux une légitimité que personne d’autre n’a pour porter une vision et un équilibre dans l’aménagement du territoire. L’agence de développement est au cœur de ces deux enjeux, avec une spécificité qui indique d’ailleurs une piste sur sa définition, qui serait d’être le fer de lance efficace en matière d’attractivité et d’animation du territoire sous l’angle de l’économie. Si les chefs d’entreprise en sont des acteurs puissants, les élus sont les garants de la réussite. C’est d’ailleurs pour cela que les collectivités sont les principaux pourvoyeurs de fonds pour cette instance. Que ce soit donc un élu qui préside me paraît naturel, comme cela se fait dans toute instance qui prolonge l’action d’une collectivité dans un secteur donné. Les exemples sont nombreux : Office de Tourisme, Comité d’expansion, Office Public de l’Habitat… Mais l’apport des patrons d’entreprise doit être reconnu et signifié clairement. Et c’est pour cela qu’à titre personnel, je serais favorable à l’instauration d’un pilotage conjoint de l’Agence de Développement, avec une présidence confiée à un élu qui aurait à ses côtés un président délégué émanant du monde de l’entreprise. Cela aurait aussi le mérite de tourner le dos aux rumeurs d’individualismes !"


Le Kiosque : Les chefs d'entreprises reprochent aux élus de vouloir regrouper développement économique et emploi, notamment par le volet formation qui est actuellement dévolu à la Maison de l'Emploi. Qu'en pensez vous ?

Charles-Henri Jamin : "Pour vous répondre, je vais me permettre de prendre un peu de hauteur… Ce qui est le prolongement logique de l'entrepreneuriat, c’est la création de richesses sous des formes diverses, le travail en faisant partie. Vous noterez que je ne parle pas d’emploi mais bien de travail. Car là est une des causes de malentendus entre ces deux « mondes », le public et l’économique. Les chefs d’entreprise en ont assez que leur rôle se réduise, comme c’est trop souvent le cas dans les négociations nationales par exemple, à la question exclusive de l’emploi dont ils n’ont pas seuls la responsabilité. Le code du travail, par exemple, qui le décide in fine ? Alors même que l’emploi n’existe que parce qu’il y a du travail. Enfin, normalement… Parlez à un chef d’entreprise de travail, il sait de quoi il s’agit car il ne rêve que d’une chose : c’est d’en produire ! Pour que le travail se transforme en emplois, c’est une autre affaire dans laquelle le monde économique à sa part de responsabilité et donc son mot à dire. Mais pas tout seul. Et peut-être même, pas d’abord. Là interviennent les pouvoirs publics et les politiques qui ont le rôle de permettre les conditions qui favorisent ce lien entre travail et emploi.
C’est probablement là que le débat au niveau du Grand Saumurois achoppe. Mais, je reste convaincu qu’il y a, dans le tour de table, suffisamment d’intelligence pour que le travail de construction de l’Agence de Développement du Grand Saumurois reprenne sur de bonnes bases. Il suffit de se dire simplement les choses et de s’écouter les uns les autres, avec de la bonne volonté et de la bienveillance."


Le Kiosque : Les chefs d'entreprises ont reproché aux élus de ne pas aller assez vite. Les élus souhaitent prendre leur temps et éviter les erreurs. Pour vous aussi, le temps politique n'est pas celui de l'entreprise ?

Charles-Henri Jamin : "C’est clair. Demandez aux anciens chefs d’entreprise qui arrivent comme élus dans une collectivité ce qu’ils en pensent. En général, le choc culturel est fort. Le processus de maturation d’une idée, de la prise de décision et de sa mise en œuvre dans une entreprise n’est en rien comparable à celui en vigueur dans une collectivité. On peut avoir des bonnes recettes à aller chercher ici ou là. Je sais l’idée cultivée, parfois avec insistance en réponse aux lourdeurs administratives qui existent, sur les bienfaits qu’aurait une culture d’entreprise imposée aux collectivités. Sauf que ce n’est pas pareil : parce qu’une entreprise et une mairie ou une agglo, ça n’a pas le même rôle. Je reprendrai l’image de la voiture pour illustrer ce que je veux dire : une formule 1 est efficace en vitesse et gagne ; pour autant, faut-il que tous les conducteurs soient des pilotes de Formule 1 ?
C’est vrai : le temps de la prise en compte de l’intérêt général dont les élus ont la responsabilité n’est pas celui de la prise de décision que peut exercer un patron dans son entreprise. Ceci étant dit, il est quand même important d’avancer aussi en matière de décision publique. Et la création de l’Agence de Développement économique du Grand Saumurois répond à un besoin évident et urgent pour favoriser plus d’activités économiques ici, voire aider à son maintien comme l’actualité nous le rappelle avec les difficultés que connaissent de plus en plus d’entreprises implantées dans le bassin de vie du Grand Saumurois."


Le Kiosque : Si le Grand Saumurois n'arrive pas à construire les fondations de sa métropole rurale, à l'heure des mutualisations inévitables et de la disparition possible des départements, ne risque-t-il pas de rater un train s'il n'arrive à mutualiser le socle de son existence qui est le développement économique ?


Charles-Henri Jamin : "Oui, votre question résume bien l’acuité du problème auquel nous devons répondre. Le Saumurois peut tirer son épingle du jeu si les acteurs continuent sur le chemin entamé du travail en commun. Parler d’une seule voix aux partenaires, porter en cohérence des projets communs, forts, structurants pour le territoire et répondant à de vrais besoins de notre population, sachant que la maîtrise des dépenses publiques doit être un leitmotiv qui s’impose comme un objectif premier. Parce que, quand on a de moins en moins moyens financiers, et bien il faut être lucides et raisonnables. En matière de gestion comme en matière de méthode de travail. Ça ne veut pas dire qu’on ne fait plus d’investissements, bien au contraire ! Mais en dépensant moins et mieux, et en le faisant unis dans l’effort et le réalisme. Le Grand Saumurois a été créé, avec cette clairvoyance de tous les élus nombreux qui s’y sont impliqués, de la nécessité grandissante d’une organisation plus ramassée, plus légère, pour mieux nous maintenir dans la course au développement, condition de la vitalité de nos communes, de nos quartiers, de nos entreprises, de nos commerces, de nos activités, de nos foyers. Nous n’avons plus les moyens de la division, de la désunion. Ce si beau territoire du Grand Saumurois, avec les populations qui y vivent et le font vivre, mérite mieux ! J’ai confiance dans la capacité des élus et représentants du monde de l’entreprise : ils ne peuvent pas ne pas revenir à la table des discussions et empêcher la création de l’Agence de développement du Grand Saumurois. Parce que c’est tout simplement indispensable à notre survie !

(1) CIDES : Club INdépendant des Entrepreneurs du Saumurois (www.cides-49.com)
BNI : Business Network International (www.bnifrance.fr)


Article du 07 novembre 2014 I Catégorie : Politique

 


2 commentaires :


Commentaire de dixneuf 07/11/2014 11:25:56

une entrée territoriale par un élu et une entrée économie par un chef d'entreprise... voila une proposition de gouvernance facile à mettre en place.



Commentaire de Paul Marguier 07/11/2014 20:05:57

Voilà un beau débat de fond. Que les élus se posent la question et aillent un peu plus vite. J'ai lu récemment que Longué avait embauché une salarié pour faire son développement de zones. Allez hop ! Tout le beau monde de l'Agglo, de la ville de Saumur de Doué, de Longué au Grand Saumurois pour avoir les moyens d'un beau développement. Et si les chefs d'entreprises hésitent à s'installer à Méron, Doué ou Longué, on tire la courte paille !


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