Un Mémorial tsigane enfin à Montreuil-Bellay et une grande cérémonie nationale en octobre prochain.

Attendu depuis bien des années, le projet de valorisation du camp d'internement tsigane de Montreuil Bellay à Méron, le plus grand de France, va être enfin relancé. Et ce samedi 23 avril, la Préfète de Maine et Loire est venue sur site annoncer ce nouveau Mémorial, avec l'installation d'un support commémoratif orné d'une œuvre d'art, mais aussi d'un panneau d'interprétation historique. Et cerise sur le gâteau pour toute la communauté tsigane de France mais aussi l'AMCT (Les Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay), une cérémonie d'ampleur nationale à la mémoire des tsiganes et nomades de France en Octobre prochain.

Seule une cave reste visible sur le site du camp de Montreuil-Bellay


70 ans ! Un âge auquel on préférerait oublier son anniversaire.... Devoir de mémoire oblige... Il a été célébré. Le 8 novembre 1941 ouvrait le camp d'internement Tsiganes à Montreuil Bellay. Il a sévi jusqu'à janvier 1945.

Le plus grand d'internement en France

Le camp de Montreuil Bellay, situé route de Loudun à Méron, fut considéré comme un des plus importants lieu d'internement pour Tsiganes. A l'origine, les bâtiments avaient été construits pour loger le personnel d'une poudrerie installée aux abords de la ville par le ministère de la Guerre. Il n'en fut rien. A l'arrivée des allemands en juin 1940 jusqu'en mars 1941, le site devint un stalag que l'occupant fit entourer de barbelés et dans lequel il interna les militaires interceptés sur les routes, et des civils d'une quinzaine de nationalités différentes, dont les ressortissants britanniques de l'Ouest de la France.
Dans ses Mémoires, Jacques Sigot, l’ancien instituteur et historien montreuillais qui, depuis trente ans, se bat pour que cette page d’histoire, longtemps occultée, ne disparaisse pas relate que, du 8 novembre 1941 au 16 janvier 1945, la France fit du site de Montreuil-Bellay un camp pour "individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani". Ces Tsiganes, par familles entières, venaient d'une multitude de petits camps ouverts suite à la loi du 6 avril 1940 signée par Albert Lebrun, dernier président de la 3e République. "Une loi qui stipulait que ces nomades devaient être rassemblés dans des communes désignées sous surveillance de la police et qui fut appliquée avec zèle par Vichy." Furent aussi internés à Montreuil des clochards arrêtés dans les rues de Nantes au début de l'été 1942, et qui disparurent quasiment tous avant la fin de l'hiver qui suivit. Au final, aucun nombre des victimes ne peut-être précisé, même si l’on parle de 300 à 500.000 morts en France. Si l’on sait que quelque 21.000 Tsiganes ont été exterminés à Auschwitz-Birkenau, beaucoup furent exécutés là où ils se trouvaient sans avoir été déportés, comme le furent les Juifs, dans les camps de la mort nazis.

Classé Monument Historique en 2010

Ramené donc à la mémoire par Jacques Sigot et le film « Liberté » tiré de son ouvrage par Tony Gatlif, l'ancien camp de concentration pour tsiganes de Méron/Montreuil-Bellay fut inscrit sur la liste des Monuments Historiques en Août 2010 (notre article du 02/08/2010) et officiellement classé en septembre 2012 (notre article du 25/10/2012). Une première grande satisfaction pour toute la communauté tsigane de France, mais aussi pour l'association AMCT (Les Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay) créée en 2005 pour essayer de protéger les vestiges de l’ancien camp. Du camp, il ne reste d'à peine visible qu'une cave enterrée.

10 ans d'effort et de sensibilisation

Après dix ans de sensibilisation, d’échanges et d’encouragements, les efforts de l'AMCT portaient leurs fruits, le camp d’internement tsigane sortait progressivement de l’oubli. Car outre, le devoir de mémoire, les premiers objectifs de l'AMCT étaient de préserver les vestiges du camp. Après des concertations, parfois longues, avec différentes autorités et acteurs publics ou privés, qui n’ont pas toujours eu les mêmes visions et intérêts, les premières grandes bonnes nouvelles arrivèrent enfin et leur combat aboutissait : préserver matériellement ce qui reste du camp, honorer et transmettre la mémoire de toutes les personnes et familles qui ont souffert de l’internement à Montreuil-Bellay (notre article du 04/02/2015). Ainsi c'est l'ensemble des terrains site qui était classé au titre des monuments historiques. La municipalité de Montreuil-Bellay, avait également fait ériger une stèle, première marque de reconnaissance visible depuis le route de Loudun.

Mémorial et cérémonie nationale

Nouvelle étape aujourd'hui, et non des moindres : La relance du projet de valorisation du site et une cérémonie d'ampleur nationale qui aura lieu en octobre prochain. C'est la Préfète de Maine et Loire, Béatrice Abollivier qui est venue l'annoncer ce samedi 23 avril, à l'occasion de la cérémonie d'anniversaire des 70 ans de la fermeture du camp. Un long discours lourd de sens et emprunt d'émotion et de commisération : « Je me présente devant cette stèle avec une immense émotion pour dire que la France n'oublie pas. Occupée, la France a renié ses valeurs. Les nomades internés étaient privés de liberté (…). Le 3 août 1942, ils étaient jusqu'à 1 086 internés. De Mars 1941 à janvier 1945, des mesures d'internement des nomades furent mises en œuvre, ici même, par l'administration française. Au-delà de ces lieux, c'est l'horreur d'une politique nazie qui, dès 1933, écrasait les Tsiganes. (…) Il y a eu une quarantaine de camps d'internement sur le territoire français. Il faut rappeler paradoxalement qu'aucun nomade n'est sorti de force de ce camp pour être déporté en Allemagne ou en Pologne. Les conditions indignes de leur internement et la privation de liberté pour la seule raison de leur différences suffisaient à leur douleur. (…) Cette souffrance dépasse les générations et nous font devoir de mémoire collective. A la fin du mois d'octobre prochain, une cérémonie d'ampleur nationale aura lieu ici, à la mémoire des internés tsiganes et nomades de France. L'Etat a choisi Montreuil-Bellay pour cette commémoration puisqu'il s'agissait du plus grand camp d'internement. Le projet de valorisation évoqué depuis de nombreuses années est relancé. Il s'articule autour de trois volets : la restauration des vestiges de la prison qui ira au-delà de ce qu'il y a aujourd'hui. Restauration aussi de la stèle et installation d'un nouveau support commémoratif, avec une œuvre d'art. Installation enfin d'un panneau d'interprétation historique pour permettre à ceux qui s'y arrêteront de mieux comprendre ce qui s'est passé. » Et avant que Tony Maumont, président de l'association nationale des victimes et familles tsiganes n'allume la flamme de la mémoire, Béatrice Abollivier de conclure : « Le flambeau que nous allumons aujourd'hui est le symbole de notre souvenir. » Le discours complet de Béatrice Abollivier en PDF à télécharger ci-dessous

Les Amis de la Mémoire du Camp Tsigane de Montreuil-Bellay (L’AMCT) : 80, rue René Mabileau 49400 Saumur - Contact : memoireducamp@gmail.com Tél : Karim FIKRI, Secrétaire, 06.78.13.39.31.


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Article du 25 avril 2016 I Catégorie : Vie de la cité

 


1 commentaire :


Commentaire de Nicole Marmin 25/04/2016 23:17:11

Bravo Mr SIGOT, bravo l\'AMCT. Cette reconnaissance n\'aurait jamais pu être possible sans votre travail et votre ténacité.



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