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Réforme territoriale et nouvelle grande agglo : l’impasse de l’entre soi. Par Léo Gabillard

Léo Gabillard est enseignant en droit public et sciences politiques (UCO, Angers). Il est aussi un ancien élu local, sur la commune de Sy Cyr en Bourg, démissionnaire en fin d'année dernière. Pour ceux qui se demandent pourquoi il a quitté son mandat local, les raisons se trouvent dans le texte : l'impasse de l'entre soi... Un regard acerbe sur la mise en place de la nouvelle agglo Saumur Val de Loire.



Il est de bon ton, chez les élus locaux, et plus encore ruraux, de dénoncer l’oligarchie de l’Etat, la technocratie lointaine de Paris ou de Bruxelles, l’éloignement de la décision publique des réalités tangibles du « terrain ».

Le fameux « terrain » par lequel jurent, sans exception, nos élus locaux qui le connaissent si bien pour en être pour la plupart les élus depuis bien trop longtemps.
Mais la façon dont ces mêmes élus ont accepté de mettre en œuvre la réforme territoriale raconte pourtant une toute autre histoire. Ils se rêvaient derniers remparts contre la technostructure, les voilà complices d’un dangereux naufrage de la démocratie locale.

Alors, comment en est-on arrivé là ?

La réforme territoriale a imposé à marche forcée il est vrai des regroupements toujours plus importants, et ce faisant, la création de superstructures de coopération intercommunale de plus en plus grosses, récupérant progressivement la plupart des compétences essentielles des communes. La raison ? La rationalité économique pour les uns, le territoire de projet pour les autres.

C’est très bien. Sauf que pour qu’il y ait projet, encore faut-il une capacité collective à se projeter, et que cette dynamique suscite l’adhésion des populations, premières concernées. Pour l’heure, cette dynamique n’existe que dans la tête de quelques élus et de fonctionnaires de talent qui pilotent ces nouvelles structures. Pour ces derniers, formés dans les écoles que je connais bien, la question de l’adhésion des populations n’est pas le problème, ce qu’on ne saurait d’ailleurs leur reprocher puisqu’il y a normalement, à leurs côtés, des élus du peuple censés leur rappeler cet impératif.

Sauf que ces élus, rompus pour la plupart à l’intercommunalité, pour certains professionnels de la politique et du mandat électoral, ont eux-mêmes perdu le sens de cet impératif, par paresse, par intérêt, ou par résignation.

Expliquer à ses concitoyens la nécessité – d’ailleurs discutable- d’une nouvelle superstructure, appelée à embrasser des problématiques territoriales plus vastes et plus complexes nécessite bien des efforts et appelle bien des confrontations.

Faire émerger une nouvelle identité territoriale partagée nécessite du temps et des efforts de communication qui vont un peu au-delà des outils accessoires du marketing territorial (un joli logo, et quelques confettis).

Pour porter ces problématiques complexes, les élus s’entourent toujours plus de cadres administratifs de haut niveau, qui au fur et à mesure, dans le vide laissé par ces élus aux multiples casquettes et souvent, il faut bien le dire, sous-qualifiés, se constituent mécaniquement en une petite élite qui sait galvaniser et livrer à ces élus un parfait prêt-à-penser et prêt à communiquer.

Ce faisant, ces élus finissent par épouser les codes et les schémas de pensée de cette élite administrative locale, et ne se placent plus en complément décisif de représentation de leurs électeurs.
Ils deviennent les cautions et les porte-voix d’une forme de rationalité abstraite qui néglige la question de l’adhésion collective et des cadres démocratiques existants, celle-là même qu’ils dénoncent au niveau national ou européen.

Petit à petit s’opère, comme j’ai pu l’observer directement, un transfert de loyauté de ces élus ruraux vers la superstructure naissante. Le même transfert qu’Ernst Haas avait mis en évidence dans le processus d’intégration européenne, mais cette fois appliqué à l’échelle locale. Et de la même façon, se met alors en place une forme de double langage. Mais c’est d’abord dans leur tête que cela se passe.
Les petits maires, ou délégués, ne se demandent plus comment défendre au mieux la voix de leurs concitoyens auprès de la superstructure mais plutôt comment ils vont faire accepter le message de la technostructure à leur propre conseil municipal, qui pensent-il, par méconnaissances des enjeux, n’y pipera mot.
Soit on tient le discours de la fatalité, de la résignation dans l’espoir, soit on communique le moins possible. Dans le conseil municipal dans lequel j’étais élu, l’examen des orientations, pourtant fondamentales, prises à « l’Agglo », a occupé moins de 5% des ordres du jour, et sans doute bien moins encore du temps de débat consacré, réduit pour sa part au confort simple de l’anecdotique, du menu de la cantine à l’écharpement sur quelques dizaines d’euros de subventions communales.

Le montage a les limites que les institutions européennes viennent elles-mêmes percuter : l’impasse sur l’impératif démocratique.

La superstructure se compose souvent, dans sa tête, d’élus présents depuis longtemps, qui pour certains en ont fait profession et en vivent. Tandis que les seuls strates qui restent en contact direct avec les citoyens, les communes et leur conseil municipal, sont vidées de leurs compétences, largement réduites à la gestion de l’anecdotique, et leurs élus de base découragés de comprendre les orientations d’une superstructure qu’ils subissent comme une nébuleuse.
A la tête de la superstructure, mécaniquement, on cultive un entre-soi d’un genre nouveau, qui, tenant les élus dans une forme d’éloignement quotidien du réel, les conduit jusqu’à ignorer les repères essentiels du choquant et de l’acceptable. On ne peut s’étonner, ni même presque lui en vouloir, que le nouveau Président de Saumur-Val de Loire prenne au air surpris face à l’émoi que suscite l’octroi d’une indemnité près de 2 fois supérieure au salaire médian national, pour présider aux destinées bien difficiles d’une zone largement sinistrée.

On retrouve là le paradoxe technocratique qui fait tant de mal à l’idée européenne, où par faiblesse et négligence d’un impératif démocratique minimal, on en vient à une situation où la décision est largement l’œuvre de non élus ou mal élus, quand ceux qui sont vraiment élus en sont tenus de plus en plus éloignés.

Si on osait terminer par une formule désagréable, on écrirait « et voici comment les chevaliers du terrain, pourfendeurs de l’oligarchie et de la technostructure, en sont devenus les bouffons appliqués à l’échelle locale ».

Soyons clairs pour prévenir l’accusation, un peu évidente, de la démagogie, ce dont on ne pourra me soupçonner. Je ne récuse ni la nécessité de nouvelles dynamiques territoriales, ni le bénéfice de cadres administratifs de bon niveau, bien formés et compétents. Je dis simplement que les élus, et tous les élus, doivent trouver leur vraie place dans ce nouvel écosystème, et qu’il y a urgence à lui donner une véritable assise démocratique. Il n’y a plus, en la matière, tout à attendre de la loi ou de l’Etat, il y a à faire l’effort d’oser inventer une gouvernance qui fait le pari de la pédagogie et de l’intelligence des citoyens de base. Le problème réside dans le fait que ces systèmes nouveaux sont pilotés par des gens qui pour la plupart sont élus depuis plus de dix ou quinze ans, et qui, légitimement, également par effet de génération, sont rigoureusement incapables de se saisir de ces nouveaux enjeux. Il y a urgence à renouveler, et pas seulement les structures…


Article du 23 janvier 2017 I Catégorie : Politique

 


17 commentaires :

23/01/2017 17:41:09 Commentaire de Alain PELLETIER

Merci pour cet excellent article Dommage que vous ayez fait le choix d'arrêter votre engagement municipal, vous auriez pu faire parti des nouvelles têtes tant recherchées dans la sphère politique.


23/01/2017 18:11:42 Commentaire de bernadette fourré-jousselin "dite mémé"

Trop " calé " pour être dans ce magma de VSL, c'est une toute petite " europe " saumuroise où tout se passe en dehors des sièges en assemblée, la démocratie n'existe plus en france, que sur les différents tracts, que nous petites fourmis sommes obligés de distribuer, comme le monde change, comme les HOMMES de pouvoir changent aussi et le pire c'est .......... qu'ils refusent de le croire lorsqu'on leur dit de vive voix ( n'est-ce pas JLM ? ), enfin dans cette structure qu'est SVL, comme l'ancienne agglo d'ailleurs, tout est-il bien régulier et bien fait ? ? parfois n'y aurait-il pas des doutes, peut-être que Mr. Léo Gabillard pourrait-il me contacter ? Des citoyens n'auraient-ils pas le droit de faire voir qu'ils ont aussi des connaissances, même si on les prend pour des CONS


23/01/2017 18:51:35 Commentaire de Gédéon

Que ça fait du bien de lire quelque chose qui est structuré et qui tient la route. Mois aussi je suis publiciste et partage voter analyse...Nous sommes à un tournant de notre manière de fonctionner, d'exercer et surtout d'expliquer. Mais pour expliquer encore faut-il comprendre...Vous le dites très bien.


23/01/2017 18:57:02 Commentaire de pierrequiroule

Bon article en effet: mais pourquoi ce couplet démago sur la rémunération du Président? De telles responsabilités et un tel engagement doivent être rémunérées, comme doit l'être un chef d'entreprise. Mémé Fourré... si elle n'existait pas il faudrait l'inventer...eh si mémé! la démocratie existe: on peut citer des centaines de pays dans lesquels vos écrits, depuis très très longtemps, vous auraient causés des ennuis majeurs... mais vous avez toujours confondu démocratie et populisme, et récusé le fait majoritaire. On vous aime bien quand même.


23/01/2017 19:38:06 Commentaire de Gerard Lambert

Alors vielle Mèmè votre super copain JMM vous laisse tomber. Normal il a choisi la plus grasse des gamelles comme bon politique qui se respecte.


23/01/2017 21:20:42 Commentaire de CACi

Merci à Léo Gabillard pour cette analyse. Nous faisons un travail parallèle sur le même thème avec le CACi : https://cacdusaumurois.wordpress.com/category/questions-en-debat-agglo-saumur-val-de-loire/


24/01/2017 10:45:14 Commentaire de Michel Pointreau

Chaque fois que je vous lis, je retrouve votre pertinence dans l'analyse d'une démocratie qui en a que le nom. Combien de Maires de communes rurales déclarent qu'ils ne peuvent pas partager ni commenter ces évolutions de territoires avec les habitants, car ils ne comprendraient rien. Résistons et devenons tous des Tisserands comme dit l'auteur, pour réparer le tissus déchiré du Monde. Les élections arrivent et faisons bouger les lignes pour retrouver la liberté et éviter l'entre soi et redevenons acteurs de nos vies.


24/01/2017 13:35:09 Commentaire de bernadette fourré-jousselin "dite mémé"

Mr G. Lambert, avez vous pu lire ce travail de Mr. Gabillard ? une ligne et demi de commentaire dont la demie pour me singer, autrement dit comme l'hiver ça vous laisse froid ! vos amis comme vous ne réagissent pas. Quant moi, je critique ce système " VSL" mais pas ceux qui se font pièger !


24/01/2017 14:09:42 Commentaire de L'Arbre en Boule

Bonjour, La création de grands ensemble d'agglomération et de métropole éloignent leurs décideurs des classes populaires. J'ai l'impression de revenir à l'ère féodale où le territoire s'apparente à celui d'un fief avec en son centre ou son château quelques seigneurs qui n'ont que peu de relations avec les gueux terrés au fin fond du domaine. La gestion de ces grandes entités territoriales se fait à la manière d'un grand groupe entrepreneurial : Seront nous plus attractif et plus compétitif que l'agglo ou la métropole voisine ? Le "management" de ces grands ensemble est de plus en plus complexe, la fonction d'élu a donc tendance à se professionnalisée. On s'éloigne de l'image de Monsieur le Maire, en bleu de travail qui descend de son tracteur pour participer à une réunion et qui connait sur le bout des doigts le fonctionnement des fossés et qui sait dans quel hameau habite la petite vieille qui pourrait avoir besoin d'une aide à domicile.


24/01/2017 14:24:25 Commentaire de Bah si Mémé Jousselin...

J'aimerais bien votre avis aussi sur ça! Pour l'élection de la primaire de gauche, personne pour relever que // certains jeunes de 16 ans pouvaient voter sous condition. // (Article du Kiosque du 10/01/16) Bah, non, personne ne dit rien quand cela les arrange, preuve d'une belle intégrité! Mémé motus et bouche cousue aussi?


24/01/2017 18:18:22 Commentaire de Morgane D

C'est mon premier commentaire sur le Kiosque, parce que je suis vraiment heureuse d'y trouver une analyse de ce niveau ! Continuez... C'est bien dommage pour le Saumurois qui tenait là un élu d'une qualité et d'un niveau tout à fait remarquables...ça nous aurait changé et vous auriez eu bien des gens pour vous suivre. pq n'avoir pas osé plus tôt! En attendant, on doit faire avec ceux-là...triste.


24/01/2017 19:36:38 Commentaire de bernadette fourré-jousselin "dite mémé"

mon avis sur le vote des primaires de gauche, mais au fait cette gauche qui était au pouvoir .....je ne savais pas qu'ils étaient de gauche, désolé ce n'était pas ma gauche, celle de JAURES qu'ils ont sali ! ma gauche c'est celle d'une justice éxemplaire appliquée pareillement pour tous les citoyens ! !le retrait de nos acquis sociaux ! la misère en hausse regardée avec le mépris du sieur Valls ( socialiste !!!) alors pourquoi me serais-je inquiétée sur un vote pipeau pour les jeunes de 16 ans ? quel avenir ont-ils découvert avec cette gauche ? il m'est difficile d'avoir la bouche cousue.....................


25/01/2017 04:21:34 Commentaire de Bah si Mémé Jousselin...

Bien Mémé, vous êtes réveillée et le réveil est difficile. Jean-Jaurès fût mais n’est plus. // Petit texte pour vous: « On ne peut pas avoir toujours ce qu’on veut dans la vie. Peu importe ce qu'on vous fait, ce qu'on vous dit, quitte à croire des menteurs, les mensonges sont toujours rattrapés par la vérité. Les masques finissent toujours par tomber, un jour ou l'autre. Et ne regrettez jamais d'avoir été une personne entière. Si des gens ont cru s'être joués de vous ... en réalité, ils se sont joués d'eux-mêmes. »


25/01/2017 11:11:55 Commentaire de 1-2-3 Soleil

@ Léo Gabillard Quoi de plus vrai que cette citation en réponse à votre lettre : "Toute vérité franchit 3 étapes : d'abord elle est ridiculisée. Ensuite elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence".


29/01/2017 15:53:53 Commentaire de Michel E.

Bravo M. Gabillard ! Merci à vous ! Excellente analyse à l'échelon local de l'évolution du fossé de déficit démocratique qui s'approfondit entre les citoyens ensevelis dans leurs soucis du quotidien et leurs aspirations à jouir de leurs droits individuels hors de tout engagement dans le collectif (ne serait-ce que celui de leur quartier ou de leur commune) et les élus devenus les mercenaires impuissants de ces nouvelles superstructures de gestion locale ou de pays supposées être l'alpha et l'oméga d'une sortie de crise de nos finances locales, régionales et nationale. Qui a le début de la solution pour reenchanter ce lien entre gouvernants et gouvernés ? J'aurais aimé que votre action d'élu et votre réflexion nous permettent d'en approcher la rive à l'image des navigateurs téméraires et audacieux découvrant le Nouveau Monde. Car il s'agit bien de nouveau Monde à ce stade de notre démocratie locale comme nationale, celui où délaissant un passé disparu avec ses certitudes et un avenir qu'aucune idéologie n'irrigue plus, nous sommes désormais à devoir vivre notre présent dans une liberté et une autonomie qui nous épuisent faute de les avoir profondément pensées. J'aime à m'encourager en me rappelant un vieux maître stoïcien : "rien n'arrive, ni de ce que l'on craint, ni de ce que l'on espère !". Mais est-ce bien raisonnable ? Notre....présent nous le dira !


20/02/2017 12:23:59 Commentaire de brugiere

Encore une fois, cette stratégie socialiste de reporter à plus loin ( mais dans le flou total) les limites territoriales ( nouveaux cantons, nouvelles villes,nouveaux départements , nouvelles régions) ne sert qu'à rendre les choses opaques et éloigner les individus de leurs élus... qui eux mêmes se sentent perdus Qui connait sa nouvelle Région? sa nouvelle Agglo? Bidouillage socialiste.fait dans le plus parfait irréalisme, la plus grande virtualité..comme sait si bien le faire la gauche... Tout cela a un but, bien concret: sauver la mise à une gauche au bord de la déroute. après avoir fait la preuve depuis Mitterrand, de son immense incompétence ( mais cela n'a été rendu possible qu'avec la complicité active et permanente des RPR UMP UDI et autres LR , lisez Zemmour ). Ces bouleversements territoriaux permettent d'exclure le citoyen moyen qui n'y comprend plus rien.... comme aussi, de nombreux élus Devant cette vaste entreprise anti démocratique, il était du devoir des élus de droite, de se lever et hurler leur désaccord. Qu'ont ils fait ? rien.démagogie, incompétence, ? et l'on se réveille aujourd'hui avec de nouvelles entités territoriales, qui ne veulent rien dire, qui ne servent strictement à rien à tel point qu'à peine créees il leur faut chercher les missions à remplir, les crédits pour leur donner du poids,et les embauches de "fonctionnaires territoriaux" soit 35 000 / an. Rappelez vous ce chiffre: 35 000 embauches chaque année depuis au moins 20 ans . Vous ferez la multiplication. Il faudra bien, demain, renverser ce château de cartes. bravo pour l'article ci dessus de m Gabillard.


20/02/2017 15:13:43 Commentaire de 2017

Le quinquennat de François Hollande se termine en catastrophe : plus de 48 milliards d'euros de déficit extérieur et impossible de dire que c'est de la faute des autres Les chiffres catastrophiques du commerce extérieur prouvent que la France a complètement raté la sortie de crise... Publié le 9 Février 2017 Le quinquennat de François Hollande se termine en catastrophe : plus de 48 milliards d'euros de déficit extérieur et impossible de dire que c'est de la faute des autres Les chiffres du commerce extérieur prouvent que le quinquennat de François Hollande a complètement raté sa politique économique. Et là impossible d’accuser la BCE, Bruxelles ou l’Allemagne. Nous avons raté la sortie de crise et nous sommes pratiquement les seuls (avec la Grèce) à ne pas avoir su rebondir. Les chiffres sont catastrophiques. Nous étions déjà le pays en Europe qui affiche le nombre de chômeurs le plus important (plus de 500 000 chômeurs de longue durée sur 5 ans), la croissance la plus faible (1%), la dette publique la plus grosse (plus de 2000 milliards), le déficit budgétaire en retard ... nous avons maintenant le déficit extérieur le plus abyssal avec près de 50 milliards d’euros. C’est assez incompréhensible parce que le monde entier a bénéficié au cours des quatre dernières années d’une conjonction de facteurs très favorables, et notamment un pétrole pas cher et des taux d’intérêt proches de zéro, ce qui représente des injections de pouvoir d’achat considérables. Le fameux alignement des planètes : pétrole, taux, monnaie. Si on y ajoute en France, la relance budgétaire constamment alimentée par le déficit de fonctionnement qu’on a jamais pu réduire, en bonne logique Keynésienne, on aurait gagner tous les hit-parades et rafler tous les oscars de croissance. Plus que nos partenaires européens, nous aurions dû rebondir plus rapidement. Or c’est le contraire. Nous avons été incapables pendant ces quatre ans de transformer cette injection de pouvoir d’achat en croissance et en emploi. Le modèle économique de la France est très simple. C’est une machine à fabriquer des importations et à relancer la croissance et les emplois mais chez les autres. Démonstration : La politique économique injecte des tonnes de pouvoir d’achat par le biais des prestations sociales, des emplois publics, des prix du pétrole très bas, et des taux zéro. Ces tonnes de pouvoir d’achat alimentent la demande de consommation. Du coup, les magasins, et les concessionnaires automobiles font le plein, mais cette demande s’adresse principalement en produits étrangers, fabriqués ailleurs en Europe ou en Asie. Nos principaux partenaires européens sont massivement excédentaires en commerce extérieur. Ce qui est désolant, c’est que l’appareil de production français a été incapable au cours des 5 dernières années de répondre à la demande des consommateurs français. Et ce déficit abyssal n’est imputable ni à l‘Allemagne, ni à l‘Europe, ni à la Banque centrale européenne. Impossible de trouver un coupable à l’extérieur. Les seuls secteurs industriels français qui réussissent de belles performances à l’étranger sont le luxe (bravo LVMH), le militaire (bravo la Défense nationale, et "vive les guerres" qui permettent de montrer le matériel) et le tourisme (merci à la tour Eiffel). L’appareil de production français ne répond pas à cette demande parce qu’il ne fabrique pas les produits dont les clients ont besoin à un prix compétitif. C’est tout simple. Pas besoin d’avoir lu Schumpeter pour comprendre la faillite française. Nous avons évidemment un problème de compétitivité, coût et hors coût. Et ce problème est imputable à notre système fiscal (trop lourd), notre système social (trop rigide et trop couteux), des frais généraux trop chers et un écosystème peu favorable à l’entreprise. Le système politique français et le système administratif n’aiment pas l’entreprise et ne savent pas comment les entreprises fonctionnent. La destruction créatrice pour permettre l’innovation est en France une coutume réactionnaire et ignominieuse. D’autre part, comme cette politique d’offre dépend des entrepreneurs et que les entrepreneurs sont considérés comme des voyous, il n ‘y a rien à attendre. La plupart des responsables politiques, à commencer par Benoit Hamon, Jean-Luc Mélenchon, les Verts ou Marine le Pen, passent leur temps à taper sur les chefs d’entreprise, les grands comme les moyens, les banquiers, le système de marché, les européens, l’euro, bref le système économique dans lequel on vit. Les seuls qui assument cette modernité sont fragilisés. François Fillon est abimé, et Emmanuel Macron encore futile et léger. Le résultat : 50 milliards de déficit extérieur qu'il faut bien financer par la dette. Alors on peut comme Benoît Hamon dire « qu‘on se fout de la dette », on peut comme Marine le Pen dire qu’il faut sur-taxer les importations pour en freiner l’achat ... on peut toujours s’enfermer. Mais il faut savoir que si on s’assoit sur une dette, on se prive de tout financement (la Grèce dans ses délires les plus fous n’a pas osé couper le cordon ombilical des financements). Il faut savoir que si on ferme la frontière aux produits importés, on la ferme aussi aux exportations, mais les magasins n’auront plus rien à vendre et ce sont les consommateurs qui paieront les droits de douanes (enfin les consommateurs qui en auront les moyens). On peut toujours réclamer une politique monétaire encore plus généreuse qu’elle ne l’est, on peut toujours dire que Mme Merkel pourrait faire un effort (mais lequel ?) on peut dire que Bruxelles nous étrangle. La vérité est que nous sommes incapables d’affronter la concurrence internationale, mais que nous voulons vivre comme des riches sans en avoir les moyens. De deux choses l’une : ou bien on se couche, on respire peu et on vit au ralenti. On ne travaille pas, on n’innove pas, etc.etc. Il y a dans l’histoire des peuples et des cultures qui se sont éteints de cette façon. Ou bien, on prend conscience de ce risque d’étouffement et on considère que l’entreprise est le seul acteur capable de créer des richesses pour tous.


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