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Edito de Léo Gabillard : Réinventer nos mairies : décloisonnement, créativité, transition !

Cette semaine, le jupitérien Macron a déterré la hache de guerre entre Girondins et Jacobins. Le sempiternel conflit entre la province radieuse autonome et le Paris centralisateur est relancé... Peut-être qu'au finale, cette fois, le millefeuille va se simplifier. En parallèle, nous avons lu avec délectation, le texte de Léo Gabillard, ex élu de Saint-Cyr-en-Bourg, prof de droit à la Catho et directeur associé de la société de conseil, Cleverance, qui exhorte avec les communes à se réinventer. Le voici.


À l'heure de la réforme territoriale, de la crise des vocations qui affecte la démocratie locale et les enjeux nouveaux de la transition numérique du débat public et de l’administration, il apparait urgent de penser le changement de destination de nos mairies de village. 5 règles pour réussir cette transformation.

Délocaliser l'Assemblée nationale en province, abandonner le palais Bourbon. La proposition du jeune député Adrien Taquet a de quoi surprendre, voire dérouter. Si elle se veut aussi une forme de provocation, elle dit quelque chose de la transformation à l'oeuvre du rapport au pouvoir, et en particulier celui des élus et des institutions publiques. Dessinés et construits pour imposer au citoyen la majesté de l'État et la verticalité de son pouvoir, les grands palais de la République donnent à voir un spectacle d'archaïsme à l'heure de l'État modeste et de la réinvention des modes d'exercice du pouvoir et du débat public.

Dans les communes, les départements et les régions, nombre d'élus ont cherché à imiter cette grandiloquence, d'hôtels de ville somptueux en hôtels de région dignes d'un Sénat romain.

La configuration des lieux, leur situation et l'atmosphère qu'ils dégagent ont des effets sur le travail qu'on peut y faire et le fonctionnement de l'intelligence collective. Ils peuvent ouvrir ou au contraire fermer le débat par ce qu'ils provoquent sur les individus.

Le monde de l'entreprise ne s'y est pas trompé. Les entreprises d'aujourd'hui ont, pour les plus avancées, peu de choses de commun avec celles d'il y a seulement dix ou vingt ans.

Pourtant, nos lieux de pouvoir locaux, nos mairies de village, nos conseils départementaux ont tout de commun avec ce qu'ils étaient déjà il y a un siècle, à l'exception des lattes de parquet ou du papier peint dans le meilleur des cas...

Dans nos petites communes où le pouvoir municipal a perdu tout ou partie de sa vigueur à la faveur de l'intercommunalité de projet et maintenant des mouvements de fusion à l'oeuvre, la mairie semble figée, condamnée à n'être progressivement qu'un relai administratif, un guichet de services de première nécessité avec des horaires d'ouverture réduits à la portion congrue.
Pourtant, l'impératif de lien social à l'heure d'une transition digitale encore limitée et inégale n'a jamais été aussi élevé. La réactivation d'une démocratie locale diluée - pour ne pas dire noyé - dans les superstructures intercommunales "hors sol" n'a également jamais été aussi urgente.

Si elles ne sont plus le lieu emblématique du pouvoir local où la petite notabilité de village exerçait son magistère sur une communauté d'habitants déférente, elles doivent devenir autre chose. Elles doivent se trouver, comme lieu, une nouvelle destination, un rôle nouveau, adapté aux enjeux que dessinent et les mutations territoriales et la transition digitale de la démocratie et de l'administration.

Quelques règles essentielles pour imaginer les hôtels de ville de demain dans le contexte nouveau :

1) Ouvrir : le public, les habitants doivent s'approprier un lieu qui doit être le contraire d'un lieu impénétrable. Il faut casser la grandiloquence et la pompe verticale imaginée par les architectes de la monarchie républicaine pour en faire un lieu résolument ouvert sur le village ou la ville, où les habitants peuvent prendre l'habitude de se retrouver pour des actions concrètes de chantier citoyen ou d'information.

2) Décloisonner : Dans un contexte où les moyens se raréfient, il faut changer le paradigme des élus locaux depuis un siècle qui consiste à affecter un bâtiment à un service et un service à un bâtiment. La mairie nouvelle doit devenir le lieu de la vie collective, à la fois maison des associations, bibliothèque, et pourquoi pas, y accueillir l'école, voire un café ou un restaurant associatif. De quoi permettre justement d'ouvrir plus largement le bâtiment sans les contraintes dans lesquelles s'enferment les élus avec leur secrétariat et l'archaïsme de ses "permanences".

3) Médiation numérique : la transition numérique de la démocratie et de l'administration est d'abord un enjeu pour les zones rurales ou rurbaines. La mairie nouvelle doit devenir le lieu de référence pour la médiation numérique, et en favorisant la mixité générationnelle et sociale, être l'endroit privilégié de la réduction de la fracture numérique, en recourant massivement par exemple au service civique.

4) Forum : loin des salles austères des conseils municipaux de village, appelés à ne servir qu'une fois par mois, la mairie de demain doit se réaliser comme le lieu où circule largement l'information, où s'apprennent et se comprennent les enjeux locaux et les contraintes de la loi et du budget à la disposition de tous les habitants qui souhaitent s'impliquer dans la vie publique.

5) Favoriser un engagement à la carte : ainsi réinventée, la mairie devient un lieu dans lequel on aime se rendre, convivial, ouvert, qui désacralise définitivement le pouvoir municipal, et favorise par son bouillonnement et son dispositif pédagogique un engagement dynamique, sur mesure, en fonction des envies, du temps et des compétences que chacun veut y consacrer.

Dans cette nouvelle configuration, ceux qui ont davantage de temps se sentent plus facilement autorisés à devenir élus, soutenus qu'ils sont par un nouveau dispositif dynamique où des engagements complémentaires et dynamiques viennent briser la solitude de l'élu, et où chacun a vocation à le devenir pour un temps sans doute plus court.

Cette petite révolution ne se fera pas en un jour, mais elle dessine déjà ce que peut devenir une démocratie sociale et locale réinventée, sans remettre en cause l'intérêt de la mutualisation des services et la transformation des territoires, mais au contraire en lui redonnant un ballon d'oxygène nouveau.

Elle implique aussi d'être créatif dans les libertés qu'on peut prendre en matière de gouvernance dans le cadre assez large qu'offre la Loi, mais c'est déjà un autre sujet... !

@LeoGabillard

Article du 26 novembre 2017 I Catégorie : Vie de la cité

 


9 commentaires :


Commentaire de Bien vu 26/11/2017 11:23:28

Excellent édito qui devrait inspirer dores et déjà tout un chacun... Je confirme: les élus ne semblent être accessibles que a ce qu'ils veulent point. Pour le reste, circulez...



Commentaire de rayann 26/11/2017 12:07:09

cette analyse reflète complétement l'oligarchie de nos vassaux déléguant ici et là des pouvoirs décentralisés fusionnant des régions sous l'emprise d'un royaume a bout de souffle économiquement ou les représentants de ce pouvoir n'ont plus d'autorité basculant dans un semblant de démocratie qui pénalise les plus faibles au bénéfice du plus fort et réduisant a néant la dynamique de ce pays



Commentaire de Vive les communes 26/11/2017 12:27:34

Belle analyse qui confirme que l'avenir n'est certainement pas dans les communes nouvelles où tout se concentre sur la commune centre . Les mairies sont les dernières portes de la République en milieu rural dont les communes perdent les services les uns après les autres . Un maire , un bon maire dois je dire aujourd'hui est celui qui sait écouter et faire vivre sa population en bonne harmonie . Il doit remplacer au dela de ses missions le directeur ou la directrice d'école , le prêtre qui étaient autrefois les confidents et conseilleurs des villageois . Gardons nos maires de proximité et ne créons pas une centralisation communale que nous contestons tous quant elle est nationale



Commentaire de BOURGUIGNON 26/11/2017 19:20:03

Oui. Il faudrait rappeler aux élus qu'ils ne sont que des élus au service et payés par le citoyen, je pense que certains ne le savent plus.



Commentaire de Jean 26/11/2017 20:33:17

Défendre les maires , c'est un bon principe. Mais tous les 34000 maires et leurs 100 à 150 000 adjoints justifient-ils cette confiance?



Commentaire de Démagogy 27/11/2017 09:29:05

Changer l'enveloppe ne suffit pas pour améliorer le produit. Les entreprises, comme vous dites, ont déjà essayé de faire gober les mouches (TQM, CRM,...). Il faut avant tout, remettre les bonnes personnes aux bons endroits. Les députés, sénateurs et autres qui intriguent et briguent des mandats pour leur profit personnel devraient être sanctionnés. Cela n'a rien à voir avec les dorures de l'Histoire de France.



Commentaire de ENERGIE NOUVELLE 27/11/2017 11:07:53

que penser des Élus qui fuient leur base à savoir les citoyens lambda en refusant des réunions d'information et de lire les commentaires de Saumur kiosque ? Dans le saumurois il n'existe qu'un quotidien papier, donc aucune discussion contradictoire... On est loin des pamphlets de la Renaissance encore moins de la Révolution de 1789.



Commentaire de La Liste des copains!! 27/11/2017 11:13:16

Comme étranger, je pense que vous avez oublié la chose la plus fondamental qui dois être changer – la liste de copains. Dans notre petit village d’environ 1300 habitant on a un maire et 14 conseillers, élu parce qu’ils étaient sur la ‘liste des copains’. C’est un rêve inaccessible que ces 15 personnes sont les meilleurs pour desservir notre commune. Nous devons identifier les compétences requise pour diriger la commune et puis recruter des personnes possédant ces compétences.



Commentaire de À liste des copains 27/11/2017 14:27:27

Essayez donc de construire une liste paritaire avec des soit disant compétents . Vous verrez vite que les personnes qui veulent sacrifier plusieurs soirées par semaine ne sont pas légions et que la bonne volonté et l'engagement de disponibilité l'emporte peut être , et ca reste à prouver sur la compétence


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