Deux Saumurois créent le campus du futur à Angers

« Vous ne savez pas quel métier choisir ? Venez, on va l’inventer ensemble » le ton est donné avec un sourire par Albin Wagener et Léo Gabillard, deux anciens Saumurois, pour promouvoir leur "université du futur" Campus Tech, c'est comme cela qu'ils l'ont baptisé. Une École d’enseignement supérieur d’un genre totalement nouveau pour voir la formation autrement.


Sur le papier, ils ont tout du parcours classique. L’un, Albin Wagener, Professeur des Universités en sciences du langage, ex-doyen à l’UCO ( Université Catholique de l'Ouest). L’autre, Léo Gabillard, parcours "rectiligne" droit public et Science Po, enseigne les sciences politiques à l’UCO. Tous deux ont également fondé Cleverance, qui accompagne les acteurs publics et privés dans leurs transitions. Mais c’est justement de leurs expériences qu’ils tirent tout l’esprit de leur projet : casser les codes et offrir une alternative aux étudiants qui ne se retrouvent pas dans le cloisonnement et la spécialisation de la fac, ni dans les longues séances de cours magistral en amphi. Léo Gabillard : « Il existe beaucoup de profils à qui l’université classique convient très bien, mais qu’est ce qu’on dit aux 40% qui échouent à la fin de leur première année, aux 30% qui sortent du système universitaire sans diplôme, avec moins d’estime pour eux et plus perdus que jamais ? Aux lycéens qui ne se reconnaissent pas dans un choix de « spécialisation » alors qu’on leur demande d’être adaptables ? »

Les métiers de demain ne sont pas encore connus

Pour Léo Gabillard, il s'agit de se préparer aux évolutions rapides du monde de l'emploi qui attend les étudiants d'aujourd'hui : "Il y a 30% des métiers qui existeront dans 15 ans qui ne sont pas connus aujourd’hui et au moins la même proportion des métiers actuels qui aura disparu. La meilleure des stratégies, c’est de former des individus autonomes, capables de comprendre les transitions à l’œuvre dans de larges univers professionnels et dotés de solides outils d’apprentissage et de culture générale, et surtout, d’une fine connaissance de leurs forces et d’une juste estime d’eux-mêmes." Pour lui, Campus Tech se résume en quatre mots : "l’école-incubateur des humanités numériques".

Une École-incubateur

La pédagogie de Campus Tech se veut résolument innovante et construite autour de la personnalité de l’étudiant. En première année, l’étudiant est versé dans une « prépa » qui a pour objectif de lui ouvrir de larges horizons disciplinaires d’une part, et d’apprendre à apprendre, à travailler, à rechercher et sélectionner l’information, à rédiger, à s’exprimer en public d'autre part. Pour Léo Gabillard, il s'agit pour l'étudiant de se révéler : « En première année, il apprend à se connaitre, à identifier ses forces sur lesquelles on va l'aider à capitaliser, et non à se concentrer excessivement sur ses faiblesses. Notre message, c’est soyez vous-même, venez avec ce que vous êtes. Grâce à cette première année, l’étudiant, au fil des projets, est évalué sur ses talents et son « profil », ce qui permet de l’orienter en deuxième année dans l’un des trois parcours par profil : les bâtisseurs, les négociateurs et les valorisateurs. En troisième année enfin, il choisit un « univers professionnel » parmi quatre : business et management, sciences politiques, arts-culture et tourisme ou éducation et social. Il aura pu choisir progressivement, en connaissance de cause et sans le sentiment de s'enfermer".

Une méthode décalée

Au fil de ces trois ans, rien ne se passe comme à la fac. L’innovation pédagogique et les modes alternatifs d’enseignement deviennent la norme à Campus Tech : classes inversées, cours multidisciplinaires, e-learning et recours massif aux mises en situation scénarisées et autres serious game. 75% des cours peuvent être validés « en mode projet », en puisant dans la banque de projets réels commandités par des professionnels partenaires de l’École. Dans cette hypothèse, l’enseignant devient un accompagnant, véritable coach qui va suivre l’étudiant dans sa mission réelle. Et Léo Gabillard ne manque pas d'ambition : « L’objectif est qu’en trois ans, l’étudiant puisse afficher au moins 5 expériences professionnelles réelles au compteur ».

Les "Humanités Numériques" pour trame

L’expression a l’air d'une oxymore, et pourtant les "digital humanities" sont développées depuis longtemps à l'étranger. Au contraire d'une énième formation sur les outils numériques, il s'agit ici d'étudier les sciences humaines et sociales sous l'effet de la transition numérique, explique Albin Wagener auteur de nombreuses publications sur le sujet : "Pour faire simple, on ne veut pas former des codeurs, mais des professionnels capables de penser et d'opérationnaliser toutes les mutations que va provoquer dans les 30 ans la révolution numérique, en l'appliquant à une bonne maitrise d'univers professionnels ciblés : du management à l'action publique, en passant par la communication, avec en fil rouge un véritable questionnement éthique"

Une reconnaissance de l'Université

La force d'Albin Wagener et de Léo Gabillard est d'avoir su faire reconnaitre leur méthode pour que celle-ci puisse s'intégrer au système traditionnel : "Les trois années débouchent sur un vrai diplôme reconnu au niveau européen, le premier bachelor en "humanités numériques", cosignées par l'ESAIP et permettant l'accès à une poursuite d'études en master. Les débouchés sont nombreux et ils sont surtout construits par le parcours de l'étudiant au fil de ses trois années de formation-incubation. Les entreprises, et même les collectivités répondent très favorablement à cette démarche, parce qu'elles recherchent en priorité des professionnels capables de comprendre les usages et les implications des technologies, bien plus que de techniciens. Pour Leo Gabillard, qui créera au printemps le premier cluster-campus sur les vins et spiritueux, c'est aussi une formation pour les créateurs d'entreprises : "Et s'il veut entreprendre et créer lui-même sa propre activité, l'étudiant pourra intégrer l'un des cluster-campus profilés sur des secteur-clés de l'économie traditionnelle, pour accompagner les transitions de ce secteur"

Soutenu déjà par de nombreux acteurs économiques, universitaires ou politiques, le premier Campus Tech ouvrira dès la rentrée 2018 en synergie avec l'ESAIP, une école d'ingénieur spécialisée dans l'objet connecté et la prévention des risques implantée à Angers. Campus Tech a également séduit une équipe projet du concours Imagine Angers, pour créer peut-être le premier "campus sociétal", à côté du théâtre Le Quai. Verdict en mars. Le modèle séduit déjà beaucoup de lycéens et d’étudiants au parcours biscornu, et est déjà sollicité pour envisager des implantations dans d’autres villes de France et au-delà… Et pourquoi pas, demain, un Campus Tech à Saumur ? "Si ça s'intègre à un vrai projet de l'écosystème local, oui pourquoi pas, au contraire !" conclut Léo Gabillard. À bon entendeur…

Le lien vers la vidéo de présentation de Campus Tech

Plus d'informations sur www.campustech.fr


Article du 15 février 2018 I Catégorie : Vie de la cité

 


2 commentaires :


Commentaire de claude 15/02/2018 11:42:49

Ca va ils ont l'air d'avoir une bonne tete et il doivent magner le tire bouchon et le saucisson.On passera les voir , en esperant qu'ils apporte des munitions pour tenir le couq.



Commentaire de conseiller professionnel 15/02/2018 17:41:44

Je pense que c'est une bonne idée, d'aider nos jeunes à s'orienter utilement.

Mais des organismes payés par l'Etat, sont censés faire çà ( CIO/ P Emploi/ Mission locale/ etc....)

Travaillez ensemble, vous pourrez réussir Sinon, "vouloir gagner seul, c'est commencer à perdre! ". Pensez-y!



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