Saumur. La puissance du tuffeau mise à l'honneur chez Ackerman

Depuis quatre ans, et sur le modèle d’un cycle de 3 ans, Séverine Hubard devient la quatrième lauréate de la résidence Ackerman + Fontevraud. Elle a construit des colonnes, quasi vivantes, dans l’immense galerie des caves. Une installation gigantesque aux allures de vestiges de civilisation.

Séverine Hubard et ses stagiaires étudiants aux Beaux-Arts Clément Lucas, Sara Hamdine et Estelle Ménard ont inauguré l'installation le 19 avril


La présence de Séverine Hubard s’inscrit dans un cycle de 3 ans de résidence d’artistes. « La lumière est la clé de l’œuvre, j’ai voulu mettre en valeur les caves et la pierre de tuffeau dans son état brut et naturel ». Par rapport aux autres artistes aussi exposés, l’obscurité est omniprésente et la volonté est aussi de jouer avec la petitesse du visiteur face à l’œuvre. La Géante de Bertrand Gadenne, installation vidéo surprenante, voisine l’installation de bois de la lauréate. Eva Prouteau, critique d’art et jurée de la commission de la résidence, détaille la démarche : « D’année en année, on doit composer d’une manière différente c’est pourquoi on privilégie la complémentarité des arts entre les artistes. »

Former un trait d’union artistique entre Tours et Angers

Une collaboration entre la maison d’Ackerman et l’Abbaye Royale de Fontevraud a vu le jour dans le but de valoriser à la fois le territoire et la création. « L’arrivée des artistes est programmée à plusieurs, commente Emmanuel Morin, chargé de projets arts visuels à l’Abbaye de Fontevraud, il s’agit d’une aventure collégiale où le choix des artistes en résidence est mûrement réfléchi. » Dans l’univers du crémant de Loire, les résidences donnent lieu à des projets de territoire sous terre et sur terre. En référence aux caves troglodytes. « Quand les transports ne sont pas capables de relier les villes, l’art offre la possibilité de faire des ponts entre les gens » image Antoine Godbert, directeur général à l’Abbaye Royale de Fontevraud. Depuis les débuts des résidences il y a 4 ans, le public est toujours en attente de voir les nouveautés.

Le tuffeau, matériau phare de l’installation

« Cela a nécessité beaucoup de préparation et ce n’est pas la conception en elle-même qui a pris plus temps. C’est bien la commande des énormes blocs de tuffeau qui a pris plus d’un mois pour être acheminés jusqu’aux caves » développe Séverine Hubard montrant du doigt les énormes rocs de pierre (photo ci-contre). Ils proviennent tous de la carrière Lucet à Brézé, la dernière en activité en France. Le tuffeau est réputé pour être une pierre tendre, mais dans la salle des colonnes le matériau reprend ses droits.


Une œuvre évolutive grâce à une mixture magique

Se fondre dans les caves et créer une installation changeante au fil des semaines. Séverine Hubard explique sa démarche : « J’ai travaillé comme si on avait voulu extraire les blocs entiers de ces grottes, en y incluant la lumière ». Les caves sont maintenues à un taux d’humidité de 90% et à une température de 12°C toute l’année. Les conditions sont donc très particulières. Sous la coupe de l’artiste, les stagiaires des Beaux-Arts se sont affairés pendant une semaine à appliquer la « mixture magique » sur la paroi des colonnes composée d’ingrédients mystérieux, dont de la bière. Cela permettra « Une odeur piquante assez forte » précise avec amusement l’un des étudiants. Quinze jours se sont écoulés depuis la finalisation de l’installation, on observe déjà une fine couche de moisissure volatile (photo de droite).

Les grottes troglodytes, lieu d’exposition envoûtant et effrayant

Cauchemardesques, et à la fois drôlement fascinantes : les caves d’Ackerman ne laissent pas le visiteur indifférent. Ce jeu d’attirance et d’aversion attire les artistes qui investissent les galeries. « Les artistes sont excités à l’idée de venir dans les grottes. Ça rassemble beaucoup de fantasmes, et se convertit en un véritable lieu d’inspiration », souligne Julien Goudeau, le responsable tourisme d’Ackerman. C’est dans ce cadre que Séverine Hubard a pris possession de la galerie, ou plutôt s’est laissée happer par l’immensité du lieu. Elle a voulu mettre en valeur les proportions gigantesques des caves de tuffeau. « L’œuvre est conçue comme un jeu de Capla géant pour adultes, selon la règle de 5. » La salle des colonnes confère donc à l’œuvre des chiffres impressionnants : 3,5 tonnes pour chacune des colonnes sur une hauteur de 12 mètres de haut. La sculptrice sera également en résidence production à l’Abbaye de Fontevraud, avec un nouveau projet « Bonne continuation », une œuvre à découvrir à partir du 10 juin prochain.

Infos pratiques : retrouvez les détails de la résidence de Séverine Hubard, en cliquant ici. À visiter aux caves Ackerman, 19, rue Léopold Palustre Saint-Hilaire Saint-Florent (Saumur). Téléphone : 02 41 53 03 10.


Article du 20 avril 2018 I Catégorie : Vie de la cité

 


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