Point de vue. Coronavirus. Frénésie des croyances, approche philosophique... A quoi se raccrocher ?

Julia Martin, chroniqueuse pour le kiosque - En cette période de crise sanitaire mondiale, certains cultes et autres adventistes (1) ou fondamentalistes (2), qu'ils soient religieux ou politiques, renouent avec le démarchage spirituel et, faute de pouvoir approcher physiquement ou par voix de rassemblements, n'hésitent pas à approcher les gens par courrier ou mail interposé, interpellant l'engagement bénévole et « solidaire » et la remise en question intellectuelle. Mais il est des penseurs qui, de façon plus philosophique que théologique, voient dans cette pandémie un portail entre le monde d’hier et le prochain.


« J'ai le plaisir de participer à une œuvre bénévole qui s'effectue dans plus de 200 pays et territoires. Elle consiste à inviter les personnes à profiter d'un cours qui les aide à découvrir ma réponse de la bible à des questions aussi importantes que celles-ci : Pourquoi vieillissons-nous et mourrons-nous ? Quel est le but de la vie ? Comment trouver le bonheur véritable ? » Telles sont quelques unes des questions posées dans des courriers envoyées par des témoins de Jéovah et adressés à tout à chacun.

Pourquoi une telle frénésie ?

Peut-être faut-il remonter l'essence même de la croyance en cette période de questionnement. Le terme vient de l'ancien français creant, venant du latin credens (« croyant »), du verbe credere (« croire »). Par définition, « la croyance est le processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une thèse ou une hypothèse, de façon qu’elle les considère comme vérité, indépendamment des faits, ou de l'absence de faits, confirmant ou infirmant cette thèse ou cette hypothèse. » Les croyances sont souvent des certitudes sans preuve. En ce sens elle s’oppose à la notion d’esprit critique, et trouve son antithèse dans l’instrumentalisme qui considère que les modèles scientifiques ne sont que des instruments nous permettant de concevoir commodément les phénomènes.
Du fait du coronavirus, nos pensées sont ébranlées, d'autant que les scientifiques sont bien à la peine pour expliquer le pourquoi et les origines de cette pandémie. Et cette période de confinement est un bon moment favorisant le repli sur soi et la réflexion, quelle soit intime, individuelle ou collective, notamment pour les personnes confinées en famille. Ce confinement et cet appel au bénévolat et à l'engagement solidaire favorise le retour aux fondements même de l'humanité et des croyances, notamment culturelles et ethniques. Il remet en question le principe même de Hobbes, à savoir que le loup est un loup pour l'homme. Bien au contraire, il en appelle à la solidarité et à l'entraide, replaçant chaque être à l'égal de l'autre, dans un esprit de fraternité « retrouvé ».

Pandémie : « Un portail entre le monde d’hier et le prochain. »

De façon plus agnostique et philosophique, on peut s'interroger sur les conséquence de cette pandémie. Dans une tribune dans le journal Le Monde (3), l’écrivaine indienne Arundhati Roy livre un regard cru sur cette tragédie qui frappe nos civilisations, notamment les plus avancées.
Ainsi s'interroge-t-elle comme tout un chacun : « Qui peut utiliser aujourd’hui l’expression « devenu viral » sans l’ombre d’un frisson ? Qui peut encore regarder un objet – poignée de porte, carton d’emballage, cabas rempli de légumes – sans l’imaginer grouillant de ces blobs invisibles, ni morts ni vivants, pourvus de ventouses prêtes à s’agripper à nos poumons ? Qui peut penser embrasser un étranger, sauter dans un bus, envoyer son enfant à l’école sans éprouver de la peur ? Ou envisager un plaisir ordinaire sans peser le risque dont il s’accompagne ? »
Selon elle, « certains croient qu’il s’agit de l’instrument de Dieu par lequel il nous rappelle à la raison. Pour d’autres, c’est le fruit d’une conspiration de la Chine pour prendre le contrôle du monde. » Et l'intellectuelle indienne de conclure : « Quoi qu’il en soit, le coronavirus a mis les puissants à genoux et le monde à l’arrêt, comme rien d’autre n’aurait su le faire. Nos pensées se précipitent encore dans un va-et-vient, rêvant d’un retour à la normale, tentant de raccorder le futur au passé, de les recoudre ensemble, refusant d’admettre la rupture. Or la rupture existe bel et bien. Et au milieu de ce terrible désespoir, elle nous offre une chance de repenser la machine à achever le monde que nous avons construite pour nous-mêmes. Rien ne serait pire qu’un retour à la normalité. Au cours de l’histoire, les pandémies ont forcé les humains à rompre avec le passé et à réinventer leur univers. En cela, la pandémie actuelle n’est pas différente des précédentes. C’est un portail entre le monde d’hier et le prochain. Nous pouvons choisir d’en franchir le seuil en traînant derrière nous les dépouilles de nos préjugés et de notre haine, notre cupidité, nos banques de données et nos idées défuntes, nos rivières mortes et nos ciels enfumés. Ou nous pouvons l’enjamber d’un pas léger, avec un bagage minimal, prêts à imaginer un autre monde. Et prêts à nous battre pour lui. »

"En ressortir plus humain"


Le président Macron l'a lui-même dit dans son allocution de ce lundi soir : "Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les jours heureux", sachant qu'ils n'étaient peut-être pas heureux pour tous... Mais peut-être seront-ils meilleurs. Et parlant de l'Europe, le président de l'affirmer : "Nous sommes à un moment de vérité qui impose plus d'ambition, plus d'audace. Un moment de refondation."
Il sera donc essentiel que les hommes ne tombent pas dans les déviances et travers pervers de la libération après cette période de servitude, comme les juifs lorsque Moïse les amena jusqu'au pied du mont Sinaï, après les avoir libérés des Égyptiens. Il faudra raison gardée dans ce monde de demain, la vigilance sera de mise et il sera nécessaire de mettre à profit toutes ces leçons de solidarité et d'engagement issues de la crise sanitaire. Selon le moine bénédictin de l'Abbaye de Ligugé (Vienne), François Cassingena-Trévedy, dans une interview donnée à Ouest France le 12 avril (4) "les conséquences individuelles et collectives de ce confinement seront énormes. Ce qui nous arrive n'est pas un châtiment divin, mais un avertissement historique. Nous allons devoir revoir nos priorités dans beaucoup de domaines. C'est un appel à la frugalité et au respect de la création pour mettre un terme à nos abus de consommation, de luxe, de déplacements,...Redevenons plus raisonnable. Nous espérons en ressortir plus humain parce que nous aurons prix conscience de notre très grande fragilité"

Vers un autre modèle de société ?


L'univers nous a envoyé un message fort... il faut bien le recevoir, sinon il pourrait bien nous en envoyer d'autres... Ce mois supplémentaire de confinement pourrait permettre un débat constructif et sain, mais aussi de nouveaux espaces intimes et collectifs d'approfondissement, sachant qu'il faut sans cesse sortir de soi afin de ne pas tomber dans l'ermitage. Cela ferait un point positif à en retirer... Profitons donc de ce moment pour repenser un autre modèle de société, plus humain, plus respectueux de l'environnement, plus égalitaire, plus solidaire, plus encline à la sobriété et la résilience que ce soit sur le plan humain, politique qu'économique. Les grandes crises doivent permettre des rebonds...

(1) Le mot « adventiste » vient du latin adventus qui signifie « arrivée », « venue », « avènement », en référence au retour du Christ annoncé par la Bible. « Septième jour » désigne le sabbat (samedi), le septième jour de la semaine, considéré par les adventistes comme le jour biblique de repos et d'adoration. Avec plus de 18 millions de membres, c'est la douzième plus grande organisation religieuse dans le monde et la sixième du point de vue de l'implantation internationale.
Sous la direction de Joseph Bates (1792-1872), James White (1821-1881) et sa femme Ellen White (née Ellen Gould Harmon, 1827-1915), l'Église adventiste du septième jour fut officiellement organisée en 1860 à Battle Creek dans le Michigan, avant d'établir en 1863 la Conférence générale (la direction mondiale de l'Église adventiste).
Les adventistes du septième jour sont très attachés aux principes de la liberté de conscience dans le respect de l’ordre public et la dignité de la personne, à la séparation des Églises et de l'État et au dialogue interreligieux. Ils sont fortement impliqués dans la défense de la liberté religieuse par leur présence active dans des associations comme IRLA ou AIDLR.

(2) Du latin fundamentum, fondement, fondation, venant de fundare, établir solidement, affermir sur une base, fonder. Le fondamentalisme est un mouvement religieux, d'origine protestante, apparu aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, en réaction aux développements du libéralisme théologique. Sa doctrine n'admet comme seule expression absolue de la vérité que le sens littéral des textes sacrés et s'oppose à toute interprétation historique et scientifique. Plus généralement, le fondamentalisme est, pour une religion quelconque, la tendance de certains de ses adeptes à revenir à ce qui est considéré comme fondamental, originel. Les fondamentalistes, de quelque religion ils soient, ont en commun de refuser le remplacement du sacré par le sécularisme et le rationalisme. Ils s'opposent à l'oecuménisme, au pluralisme et au relativisme religieux, ainsi qu'à la libéralisation des mœurs, phénomènes parfois regroupés sous le terme de modernité ou modernisme. En France, le terme fondamentaliste est souvent utilisé pour désigner les islamistes radicaux, alors que le terme intégriste qualifie plutôt les catholiques radicaux. Au-delà du seul domaine religieux, le fondamentalisme est un courant de pensée ou une attitude qui, sans nuance et sans concession, prône le retour aux fondements d'un principe, d'une doctrine, d'un dogme, d'une idéologie.

(3) Lire la tribune complète : https://seenthis.net/messages/839908


(4) Le moine bénédictin François Cassingena-Trévedy est né à Rome en 1959, dans une famille aux origines italienne et bretonne. En 1978, il intègre l'Ecole normale supérieure après des études de Lettres classiques. En 1980, il entre dans la vie monastique. A l'Abbaye bénédictine de Saint-Martin de Ligugé dans la Vienne, il est maître de choeur grégorien et émailleur de cuivre. En 1988, il est ordonné prêtre. Enseignant à l'Institut supérieur de liturgie (Institut Catholique de Paris), il est auteur, principalement aux éditions Ad Solem, de nombreux ouvrages. "Les Étincelles", à l'intersection inédite de la poésie, de la philosophie, de la théologie et de la spiritualité, représente certainement son oeuvre maîtresse. En 2019, il publie "De l'air du temps au coeur du monde, un moine dans la cité" aux éditions Tallendier.


Article du 14 avril 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


5 commentaires :


Commentaire de madame shrek 14/04/2020 18:19:41

Je vous propose dans ce texte ci-dessous quelques techniques pour calmer sa peur et ses inquiétudes. Aucune croyance... Malade, handicapée et confinée depuis longtemps, j'ai appris ces trucs au fil des années et ils m'ont permis de trouver la sérénité nécessaire à la survie en période de crise. Lisez, essayez, partagez sans modération. Bonne quarantaine à tous! https://documentcloud.adobe.com/link/review?uri=urn%3Aaaid%3Ascds%3AUS%3A1ae51a2e-e484-4622-b099-d9cf7510e6c4



Commentaire de Matjac 14/04/2020 18:21:36

Une fois passer la pandémie l'homme recommencera de plus belle, mais attention, la nature vient de nous donner un simple avertissement, arrêtons de jouer a apprenti sorcier, la nature a bien fait les choses et c'est l'homme qui détruit tout.



Commentaire de Pourquoi s'affoler tout à coup ?... 14/04/2020 22:46:29

Pourquoi s'affoler tout à coup ?... Depuis que le monde est monde il y a toujours eu des pandémies meurtrières c'est, entre autres, l'une des lois de la nature. Si les humains, soit disant si évolués, de notre époque avaient voulu y remédier avec la même ardeur à celle qu'ils emploient pour se battre tellement stupidement, il y a longtemps que cela serait résolu. Aussi ne rêvons hélas pas trop d'un avenir soudain plein de compréhension et de sagesse miraculeuse !



Commentaire de Laurent 16/04/2020 10:49:12

Chacun pense ce qu'il veut, mais le lien en début d'article vers le site des témoins de jéovah me choque profondément !! Cela ne vous interpelle pas à la rédaction ???



Commentaire de La rédaction 16/04/2020 10:57:33

Vous avez raison, j'ai enlevé. Merci de votre remarque.



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