Points de vue. Le confinement va-t-il offrir un répit à la planète ?

Avec les mesures de confinement prises à travers le monde, les concentrations de dioxyde d’azote et de gaz à effet de serre ont reculé, notamment dans les pays les plus confinés que sont l'Italie et la Chine. En France comme ailleurs, nombreux, protecteurs de l'environnement ou non, sont ceux qui se disent surpris d’entendre davantage en ville le chant des oiseaux, de retrouver une faune et une flore accessibles et apaisées et de mieux respirer. C'est une évidence, mais cette crise sanitaire n'aurait-elle pas aussi des effets pervers sur le climat ? Julia Martin, chroniqueuse pour le kiosque, a lu pour vous dans la presse.


François Gemenne, chercheur et membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) le déclare sur Tweeter :"Malgré des effets positifs de court-terme pour l'environnement (baisse des émissions de gaz à effet de serre, diminution de la pollution atmosphérique), la pandémie du #Coronavirus risque d'être une catastrophe pour le #climat, à long-terme." Il est aussi un autre problème que souligne François Gemenne : celui du caractère éphémère de ces "bonnes nouvelles” environnementales. "Les émissions ont toujours tendance à rebondir, après une crise. On le voit déjà en Chine, on l'a vu après la crise de 2008-2009”. “Le climat a besoin d'une baisse soutenue et régulière des émissions de gaz à effet de serre, pas d'une année 'blanche'".

France Soir - 06/03 : Le coronavirus mauvais pour l'homme, très bon pour la planète


"Certains y verraient une justice divine. Alors que la crise sanitaire et économique s’aggrave de jour en jour, le Coronavirus est aussi à l’origine de bienfaits incontestables pour la planète. Une démonstration à bonne échelle pour les tenants de la protection de l'environnement par la décroissance.
Berceau de l’épidémie du coronavirus Covid-19, la Chine multiplie, depuis le début de l’année 2020, les initiatives pour freiner la propagation de ce dernier. Les mises en quarantaine de villes et même de régions entières, la fermeture d’usines ou encore le blocage de ports et d’aéroports constituent quelques exemples de ces initiatives. Les conséquences économiques sont conséquentes tant pour l’économie chinoise que pour l'Europe.
On respire mieux à Wuhan comme jamais depuis longtemps
Crise sanitaire et économique, le coronavirus est néanmoins à l’origine d’une très nette amélioration de la situation écologique. En effet, en organisant une baisse drastique des transports et en réduisant inéluctablement l’émission de gaz avec la fermeture de dizaines d’usines, la Chine a enregistré une baisse conséquente de ses émissions de CO2. Le 19 février dernier, une étude du site britannique Carbon Brief estimait la réduction de ces émissions à 25 %.
Le coronavirus, une épidémie qui fait du bien à la planète
Une carte, publiée par la Nasa, démontre la réalité concrète de cet état de fait, en soulignant la différence entre les émissions de dioxyde d’azote du 1er au 20 janvier et celles du 10 au 25 février 2020.
De la même manière, on comptabilisait le 12 février dernier 3243 vols internationaux au départ de la Chine, alors qu’on en recensait 16.251 le 12 février 2019.
Et le phénomène observé en Chine se décline dans tous les pays concernés, amenant certains spécialistes à souligner les bénéfices majeurs de cette crise du Coronavirus sur un plan purement écologique. Une belle démonstration pour nombre d'écologistes pour qui la santé de la planète doit passer par une décroissance économique (contrainte maintenant plutôt que forcée quand on aura épuisé la santé des hommes et des ressources naturelles)."

Forbes – 20/03 : Confinement : La Réduction de pollution pourrait sauver plus de vies que le virus n’en menace

"Le confinement mondial motivé par le nouveau coronavirus, Covid-19, a entraîné la fermeture d’usines et la réduction des déplacements, réduisant ainsi la pollution mortelle, notamment les gaz à effet de serre, qui réchauffent le climat. Le confinement du coronavirus pourrait sauver plus de vies en évitant la pollution qu’en évitant l’infection.
« Le confinement pourrait sauver plus de vies grâce à la réduction de la pollution que le virus lui-même n’en menace », a déclaré François Gemenne, directeur de l’Observatoire Hugo, qui étudie les interactions entre les changements environnementaux, les migrations humaines et la politique.
« Curieusement, je pense que le bilan du coronavirus pourrait être positif, si l’on considère les décès dus à la pollution atmosphérique », a déclaré M. Gemenne, citant, par exemple, les 48 000 personnes qui meurent chaque année en France à cause de la pollution atmosphérique et les plus d’un million en Chine.
Les scientifiques estiment le nombre de décès dus à la pollution atmosphérique aux États-Unis à plus de 100 000 par an, et l’Organisation mondiale de la santé estime le bilan mondial à 7 millions.
Le bilan mondial d’une pandémie non maîtrisée reste largement une question de conjecture. Les projections les plus spectaculaires qui ont été publiées – trop hâtivement pour être examinées par des pairs – évaluent le nombre de décès dans le monde dus à une pandémie non maîtrisée à plusieurs millions – au total, et non pas annuellement. La plupart des estimations crédibles sont bien moindres. Certains experts l’ont comparée à l’épidémie de grippe de 1957 qui a fait un peu plus d’un million de morts. Le bilan d’une épidémie enrayée serait bien sûr beaucoup moins lourd.
La réduction de la pollution atmosphérique et du réchauffement de la planète pourrait sauver davantage de vies.
« Il est plus que probable que le nombre de vies qui seraient épargnées grâce à ces mesures de confinement serait plus élevé que le nombre de vies qui seraient volées par la pandémie », a déclaré M. Gemenne lors d’une intervention sur France 24 dans le cadre de l’émission Le débat.
« La divergence de nos réactions face à ces menaces divergentes devrait nous inciter à nous demander pourquoi nous réagissons si intensément à une menace moins meurtrière et si faiblement à une autre plus meurtrière », a déclaré M. Gemenne.
« Nous vivons une époque fascinante. Ce qui me surprend le plus, c’est que les mesures que nous sommes prêts à prendre pour faire face à ce coronavirus sont beaucoup plus sévères que les mesures que nous serions prêts à prendre pour faire face au changement climatique ou à la pollution atmosphérique », a-t-il ajouté.
« Je pense que c’est quelque chose qui devrait nous interpeller : pourquoi avons-nous tellement plus peur du coronavirus que du changement climatique ou de la pollution atmosphérique ou d’autres types de menaces. Qu’est-ce que le coronavirus a de si spécial pour que nous soyons prêts à mettre le monde entier en quarantaine ?
La chute du trafic routier en Chine a probablement sauvé plus de vies que le coronavirus n’en a ôté.
Comme le décrit le tweet de Huet Sylvestre, journaliste français spécialisé dans les sujets scientifiques, la chute du trafic routier en Chine a probablement sauvé plus de vies que le coronavirus n’en a ôté. Le confinement, en plus d’avoir un impact positif sur la propagation du virus (puisqu’il la réduit), a également un impact positif sur l’environnement.
La Chine et l’Italie ont toutes deux constaté une forte baisse de la pollution atmosphérique, grâce au confinement et à l’important ralentissement de l’activité."

Reporterre – 17/04 : Pour le climat, il y aura « un avant et un après coronavirus »

"En ralentissant l’activité économique, la pandémie de coronavirus baisse aussi les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique. Mais le répit pourrait n’être que de courte durée... À moins que la situation provoque une prise de conscience inédite.
Populations confinées, usines à l’arrêt, transports paralysés… Le coronavirus pèse sur l’économie mondiale et grippe l’activité industrielle avec, comme corollaire inattendu, une chute des émissions de gaz à effet de serre. C’est sans doute l’un des rares effets positifs de la crise sanitaire : dans de nombreux pays, la pollution de l’air a considérablement diminué, offrant à la planète un bref moment de répit.
Ce phénomène est particulièrement visible en Chine, le berceau de l’épidémie, où plusieurs instances scientifiques ont scruté, depuis l’espace et à travers les données récoltées par leurs satellites, les évolutions du taux de particules fines et de polluants dans l’atmosphère. Leur constat est sans appel.
En janvier et février dernier, la concentration de dioxyde d’azote (NO2), un gaz très toxique émis par les véhicules et les sites industriels, a diminué de 30 % à 50 % dans les grandes villes chinoises par rapport à la même période en 2019. Le taux de monoxyde de carbone (CO) a, quant à lui, baissé de 10 % à 45 % dans toute la région entre Wuhan et Beijing. Les niveaux de particules fines ont aussi chuté de 20 % à 30 % en février par rapport aux trois années précédentes.
Depuis décembre, l’économie chinoise tourne au ralenti et consomme moins de charbon, de pétrole et d’acier. Le pays a ainsi vu ses émissions de gaz à effet de serre s’effondrer d’au moins un quart entre le 3 février et le 1er mars comparé à 2019, selon une estimation du Centre de recherche sur l’énergie et la qualité de l’air. L’épidémie aurait conduit à une réduction de 200 millions de tonnes de rejets de CO2, ont calculé les chercheurs.
« Les émissions de polluants sont intimement liées à l’activité économique, dit à Reporterre le climatologue Philippe Ciais. Si la croissance s’arrête subitement comme en ce moment, on baisse directement les émissions. C’est logique. L’épisode du coronavirus nous apporte une preuve élémentaire face aux climatosceptiques et tous ceux qui croient encore qu’il n’existe pas de corrélation entre les activités humaines et le taux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. »

« La réduction de la pollution de l’air en Chine a probablement sauvé bien plus de vie que le coronavirus en a tué »

(…) Un chercheur de l’université Stanford, en Californie, Marshall Burke, a fait différents calculs. Il estime notamment que l’amélioration de la qualité de l’air en Chine a sauvé la vie de 4.000 enfants de moins de cinq ans et de 73.000 personnes âgées. « La réduction de la pollution en Chine a probablement sauvé vingt fois plus de vies que celles qui ont été perdues en raison du virus », écrit-il sur le site web G-Feed, un groupe de travail sur la société et l’environnement.
Dans un communiqué publié vendredi 13 mars 2020, l’Agence spatiale européenne écrit que, « bien qu’il puisse y avoir de légères variations dans les données en raison de la couverture nuageuse et des changements météorologiques, nous pensons que la réduction des émissions coïncide avec la mise en confinement de l’Italie, la diminution du trafic et des activités industrielles ».

« Les conséquences de la récession sur les investissements écologiques »

Même s’il est encore trop tôt pour l’affirmer publiquement, plusieurs scientifiques, interrogées par Reporterre, s’accordent sur l’idée que les émissions de CO2 au niveau mondial vont baisser à court terme du fait du ralentissement économique. En février 2020, le trafic aérien a diminué de 4,3 %, en raison de l’annulation de dizaines de milliers de vols vers les zones touchées par la pandémie. Cette tendance va s’accroître avec les récentes annonces de Donald Trump et de l’Union européenne, qui ferment leurs frontières. Ces derniers jours, plusieurs dirigeants politiques, comme Emmanuel Macron, ont aussi plaidé pour une nécessaire relocalisation de l’activité productive.
« Le coronavirus peut avoir plusieurs conséquences indirectes et difficilement mesurables sur les émissions de gaz à effet de serre, estime le chercheur François Gemenne. En écornant le bilan économique de Donald Trump, par exemple, l’épidémie peut participer à sa défaite électorale. Ce qui serait plutôt une bonne chose pour le climat. »
Contacté par Reporterre, le scientifique Hervé Le Treut nuance l’idée d’une future embellie climatique. « On est encore loin d’inverser la courbe. Les émissions ont continué d’augmenter ces dernières années. Le changement climatique est lié à l’accumulation de gaz à effet de serre produits depuis plusieurs décennies, ce n’est pas quelques jours ou mois de pause qui changeront le phénomène. C’est complètement marginal. »
Surtout, la relance qui suivrait la pandémie pourrait s’avérer particulièrement polluante, comme en 2008 au sortir de la crise financière, où on avait assisté à un rebond des émissions. La Chine pourrait rouvrir ses usines à charbon et les différents gouvernements faire le choix d’investissements dans les énergies fossiles pour relancer l’activité économique le plus rapidement possible.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’attend à ce que les retombées économiques du Covid-19 réduisent la demande mondiale de pétrole pour l’année à venir, mais son directeur exécutif, Fatih Birol, s’inquiète aussi des « conséquences de la récession sur les investissements écologiques. La crise pourrait compromettre la transition vers des énergies propres », alerte-t-il dans The Guardian.
« Il existe encore beaucoup d’incertitudes », juge, prudemment, le climatologue Hervé le Treut, avant d’affirmer qu’« il y aura un avant et un après coronavirus d’un point de vue climatique. L’épidémie et les mesures prises à son encontre vont créer un choc psychologique dans nos sociétés. L’épisode que nous allons vivre ne va pas nous laisser indemnes. Il aura des conséquences sur les politiques environnementales à venir, prévoit-il. Le déni envers le coronavirus et le changement climatique est finalement assez similaire, c’est toujours face à la catastrophe que nous réagissons en urgence. »

Planète – 27/03 : Pourquoi l'épidémie est une fausse bonne nouvelle pour la planète

En paralysant nos économies, le coronavirus entraîne une baisse temporaire de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre. Mais risque de retarder encore la lutte contre le réchauffement climatique. À moins que...
Les émissions de gaz à effet de serre pourraient bien repartir à la hausse à la fin du confinement. (Crédit : Shutterstock)
Silence des villes, dauphins qui reviennent dans les ports, baisse générale de la pollution… Alors que près d’un tiers de l’humanité se retrouve confinée pour enrayer l’épidémie de coronavirus, des cartes, photos et vidéos, largement relayées sur les réseaux sociaux, montrent un monde où le ralentissement, voire la suspension, des activités humaines, offre à la nature une respiration.
Certes, la baisse du trafic routier et aérien entraîne une chute temporaire du taux de dioxyde d’azote, un gaz à effet de serre, en Chine et dans le nord de l’Italie. Dans les villes, les oiseaux et petits animaux sauvages investissent les rues et parcs désertés.
L'extension à grande vitesse du virus ainsi que la pénurie de masques mettent aussi en évidence les limites de la mondialisation, amenant certains à proposer une relocalisation de la production. La crise sanitaire change aussi notre regard sur le monde : confinés, nous nous voyons contraints d’adopter un mode de vie plus lent, et peut-être plus humain.

Quand la crise climatique passe au second plan

Voir l’épidémie actuelle comme une chance pour la planète serait toutefois trop optimiste. D’abord parce qu’en saturant les radars médiatiques, et bousculant l’agenda politique, la crise détourne l’attention de la crise climatique.
Plusieurs réunions importantes, comme la 15e Conférence des parties de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, qui devait se tenir fin octobre en Chine, ou le Congrès mondial pour la nature de l’UICN, prévu pour juin 2020 à Marseille, seront vraisemblablement reportées.
Bien que compréhensible, ce changement de calendrier repousse encore les grandes décisions internationales attendues pour lutter contre le changement climatique et la sixième extinction de masse. Le contexte économique fragilise aussi le Green New Deal européen. Le plan ambitieux à 100 milliards d’euros, annoncé par la présidente de la Commission européenne en décembre dernier pour financer la transition écologique, pourrait être relégué au second plan par les pays membres, davantage occupés à redresser leur propre économie. La Pologne et la République Tchèque ont déjà appelé l’Union Européenne à reporter sa mise en application.

Vers un retour à la hausse des émissions de gaz à effet de serre ?
Il est aussi un autre problème que souligne François Gemenne, chercheur et membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) : celui du caractère éphémère de ces "bonnes nouvelles” environnementales. "Les émissions ont toujours tendance à rebondir, après une crise. On le voit déjà en Chine, on l'a vu après la crise de 2008-2009”, écrit-il sur Twitter. “Le climat a besoin d'une baisse soutenue et régulière des émissions de gaz à effet de serre, pas d'une année 'blanche'".
“Les réductions d’émissions liées au coronavirus ne sont pas structurelles : elles vont disparaître dès que le transport de biens et de personnes sera rétabli après l’épidémie”, renchérit Félicien Bogaerts, vidéaste et militant écolo, dans une des dernières vidéos publiées sur la chaîne YouTube du Biais Vert. Le gouvernement canadien préparerait déjà un plan massif de plusieurs milliards de dollars pour soutenir les filières pétrolières et gazières.
Dans le pire scénario, les émissions pourraient repartir encore plus fortement à la hausse dès la fin du confinement, grâce au faible prix du pétrole, qui encourage “les acteurs économiques, mais aussi citoyens, à reprendre de plus belle leurs habitudes et pratiques carbo-intensives avec un prix à la pompe qui devrait fortement baisser dans les semaines à venir”, alerte l’économiste Eric Vidalenc sur son blog d'Alternatives Economiques.

Décroissance et changement de modèle

Mais le plus grand danger, estime François Gemenne, serait que la crise actuelle “donne aux gens l'idée que la lutte contre le changement climatique demande l'arrêt complet de l'économie”. En entérinant un peu plus la confusion entre récession et décroissance, que Félicien Bogaerts appelle à bien distinguer : “la récession est subie, elle n’est jamais souhaitable, la décroissance est un projet politique”.

up-magazine.info – 10/04 : La crise du coronavirus n’est pas une bonne nouvelle pour le climat

Quand les cartes des émissions de gaz à effet de serre en Chine, avant et après le déclenchement de l’épidémie de Coronavirus, ont été publiées, certains ont immédiatement crié victoire. Quand la circulation automobile s’arrête, quand les usines ne tournent plus, quand les gens sont enfermés chez eux, l’air devient respirable et le climat s’en porte mieux, sans délai. Nous vivions là une expérimentation grandeur nature de ce que pourrait être la fameuse « décroissance » prônée par certains militants écologistes. Mais la réalité est toute autre. La crise du Coronavirus n’est pas bonne pour le climat. Elle peut même compromettre tous les efforts faits en la matière.
Cela paraît une évidence : quand toute activité humaine s’arrête, la pollution de l’atmosphère par le carbone diminue dans de fortes proportions. Une lapalissade qui, au passage, devrait convaincre les quelques récalcitrants climatosceptiques de la réalité du caractère anthropique du dérèglement climatique. Les émissions de CO2 baissent et ont déjà baissé dans le passé à cause des guerres, des chocs économiques et des baisses sensibles d’activité. Mais toujours, après la crise, l’économie se redresse et les activités reprennent de plus belle, tout comme les courbes des émissions de gaz à effet de serre.
Personne ne peut souhaiter que la crise épidémique que nous traversons dure pour réduire l’impact humain sur le climat. Qui peut souhaiter l’arrêt de l’activité humaine, les confinements, les malades et les morts ? Même les plus ardents défenseurs du climat répugnent à se réjouir de cette situation.
Tous s’accordent à affirmer que l’épidémie de Coronavirus et la fourniture de soins appropriés doit être la priorité absolue en ce moment.
L’urgence climatique est toujours là malgré le Coronavirus.Or c’est là le danger. Il est légitime que toute notre attention et nos ressources soient consacrés à l’épidémie ; c’est un enjeu immédiat de santé publique, de vie ou de mort. Néanmoins, la lutte pour enrayer le Coronavirus et soigner la population nous détournent inévitablement des défis du dérèglement climatique, à un moment crucial où il faut faire des progrès rapides.
La menace de nous désintéresser de l’urgence climatique, de baisser la garde ou de ne plus avoir les ressources disponibles pour mener des politiques bonnes pour le climat est sérieuse pour plusieurs raisons. Celles qui concernent l’économie sont en passe de devenir les plus visibles.

Le grippage des marchés financiers

Si les marchés financiers se bloquent, il deviendra incroyablement difficile pour les entreprises d’obtenir le financement nécessaire pour faire avancer les projets en cours dans les domaines de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne et des batteries, et encore moins d’en proposer de nouveaux. Aujourd’hui, les gouvernements tentent de soutenir l’économie mise à mal par la baisse d’activité due au Coronavirus. Les ressources vont à l’aide aux entreprises en difficulté et iront en masse aux banques pour qu’elles soutiennent l’activité.
De plus, les marchés financiers craignent un krach qui se traduirait par la chute de certaines banques et l’installation du spectre qui hante tous les économistes, la récession. Dans ce tableau, les financements verts seront relégués en un lointain arrière-plan au profit de mesures de sauve-qui-peut.

La guerre du pétrole
La crise du Coronavirus, par la confusion générale qu’elle produit, crée une occasion de jouer des coups tordus et d’avancer des pions sur le grand échiquier du monde. En début de cette semaine, les prix mondiaux du pétrole ont fait un plongeon historique. A première vue, il s’agirait d’une réaction des pétroliers à la baisse d’activité du monde causée par l’épidémie. En réalité, ce jeu sur les cours du pétrole relève de la guerre entre rois de l’or noir. Guerre entre la Russie qui se veut intraitable sur les niveaux de production de ses combustibles fossiles et l’Arabie Saoudite qui s’est lancée dans une opération de cassage des prix à grande échelle. On n’avait pas vu un prix du baril de pétrole aussi bas depuis longtemps. L’objectif derrière de ramdam est aussi de casser la morgue des Américains qui ont retrouvé leur indépendance énergétique en menant, contre toute logique climatique, une politique soutenue de production de pétrole issu de gaz de schiste. Un pétrole cher mais qui pouvait rivaliser avec les autres sources d’approvisionnement quand leurs cours étaient hauts. Si le pétrole d’Arabie se vend à prix cassé, le pétrole de Trump se retrouve pénalisé et son avenir menacé. Or le prince d’Arabie saoudite tout comme Vladimir Poutine se rejoignent pour partager un but commun : abattre définitivement le pétrole américain.
Dans cette bagarre, les consommateurs voient simplement les prix à la pompe baisser. Si cette tendance perdure, le pétrole se retrouvera tout ragaillardi dans sa compétition avec l’électrique. Les voitures électriques, déjà plus chères que celles à combustible fossile, risquent de se retrouver très difficiles à vendre. Tant pis pour le climat. Les financiers ne s’y sont pas trompés : les cours de l’action de Tesla se sont effondrés dès lundi.

Guerre des approvisionnements
La Chine est le plus gros producteur au monde de panneaux solaires, d’éoliennes et de batteries lithium-ion qui alimentent les véhicules électriques. L’épidémie de Coronavirus a gravement perturbé la production chinoise, tout le monde a pu s’en apercevoir. Baisse de production et interruption des circuits d’approvisionnement ont grippé toute l’industrie et notamment celles des énergies renouvelables. Les économistes ont soudain pris consciences des dangers que représentaient la mondialisation et la mise en œuvre à outrance du concept de « chaînes de valeurs ».
Pour l’avenir, nous jure-t-on, les industriels seront plus prudents et ne mettront plus leurs œufs dans le même panier. Mais en attendant que les politiques changent, si elles changent un jour, des secteurs entiers liés à l’économie verte se retrouvent durablement paralysés.
Des industries fossiles qui actionnent toujours, en arrière-plan, le théâtre de marionnettes de la politique mondiale.La situation pourrait empirer si, d’aventure, l’administration Trump, comme certains de ses membres semblent le préconiser, voulait profiter de la faiblesse conjoncturelle de la Chine pour mettre en œuvre des mesures supplémentaires de restriction du commerce. Les chaînes d’approvisionnement des industries d’énergie propre se retrouveraient alors définitivement condamnées au bénéfice des industries fossiles qui actionnent toujours, en arrière-plan, le théâtre de marionnettes de la politique mondiale.

Regains autoritaristes
Ces dernières années, le changement climatique est devenu une priorité de plus en plus importante pour l’électeur moyen et la force motrice d’un mouvement croissant de jeunes activistes dans le monde entier, qui fait pression sur les politiciens pour qu’ils prennent des mesures sérieuses pour la planète. C’est ainsi que l’on a pu voir au cours des dernières élections, notamment en France, la montée en puissance des partis verts et leur installation apparemment durable dans le paysage politique.
Mais les craintes pour la santé publique et les risques pour l’économie, pourraient détourner l’attention des citoyens des problématiques d’urgence climatique. Les électeurs se concentreront sur leurs intérêts immédiats, de très court terme, en matière de santé et d’argent et relègueront au second plan les préoccupations environnementales de moyen et long terme.
De plus, la gestion de la crise du Coronavirus exige des mesures extraordinaires qui entravent quelques-unes des libertés essentielles des gens. On a vu comment la Chine pouvait sans complexe enfermer plusieurs dizaines de millions de personnes ou recourir à des moyens de surveillance qui feraient se hérisser tous les défenseurs des libertés individuelles. Les observateurs ont fait remarquer que ces dispositions ne pouvaient être prises qu’en Chine, et seraient impossible à reproduire ailleurs. Mais, les résultats de la Chine dans sa lutte contre l’épidémie se sont révélés très positifs. Si on en croit les chiffres chinois, validés par les experts de l’OMS, la Chine est parvenue à endiguer si ce n’est éradiquer l’épidémie. Il est très probable de d’autres pays voudront reproduire ce modèle. L’Italie en est l’exemple, venant de décider l’interdiction de tout déplacement sur l’ensemble de son territoire.
Autant de mesures qui reportent sine die toutes les politiques de lutte contre le changement climatique.
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Le salut dans la tech ?
Si l’on veut malgré tout rester optimiste, on pourra trouver dans cette crise du Coronavirus l’occasion de mettre en pratique des comportements à faible intensité carbone, et de s’y habituer. C’est le cas du travail à distance, de la limitation des déplacements professionnels, du télé-enseignement, de la télémédecine, de la visioconférence. Sur la côte Ouest des Etats-Unis, plusieurs grands groupes (Amazon, Microsoft, Google…) ont recommandé à leurs employés de travailler de chez eux, surtout dans la région de Seattle, un foyer américain du Covid-19. À San Francisco, certaines écoles ont déjà prévenu les parents d’élèves qu’elles pourraient assurer des cours à distance par visioconférence, en cas de fermeture.
Les entreprises de réalité virtuelle (VR) voudraient aller encore plus loin. Alors que les salons professionnels sont annulés les uns après les autres, certains opérateurs proposent de les remplacer par des conférences numériques. Le groupe taïwanais HTC a ainsi annoncé ce vendredi 6 mars que les participants à sa conférence sur Vive, sa marque de VR, pourraient y assister via des casques, en immersion virtuelle. Plus de déplacements, de voyages en avion à fort empreinte carbone … Le Coronavirus montrerait-il qu’il est donc possible de travailler autrement avec, au passage, beaucoup moins d’impact sur la planète ? "


Article du 27 avril 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


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