Point de vue. Pandémie : Juin 2020, une libération digne d'un après-guerre

Ce samedi matin, forte affluence sur le marché de Saumur, comme au bon vieux temps. De même, de nombreuses soirées envenimées en ce week-end prolongé...La crise du Covid et le protocole sanitaire avec les gestes barrières étaient bien loin ! Incroyable mais vrai ! On se serait cru, aux dires de ceux qui l'ont connu ou en l'ayant lu, dans une période digne d'une libération d'après-guerre ! Point de vue de Julia Martin, chroniqueuse pour le kiosque.

Liberation © Credit photo Archives journal Sud-Ouest


La France a entamé depuis le 11 mai la sortie progressive de près de deux mois de léthargie quasi totale avec l'espoir de remettre en marche une vie sociale, culturelle et économie malmenée par la crise sanitaire, tout en espérant que la levée progressive du confinement ne déclenchera pas une deuxième vague de contaminations par le nouveau coronavirus. Puis est venue l'annonce gouvernementale de la 2e phase de déconfinement à compter du 2 juin. Elle a sonné comme une libération, tant économique que sociale. Mais, cette annonce a ses travers : les gens ont anticipé cette libération comme pour dire « la crise est derrière nous » ou du moins veulent-ils s'en convaincre. Alors, comme après une guerre, les français se sont retrouvés dans les rues, les parcs, les plages ou sur les marchés. Concernant les marchés, la plupart des villes ont d'ailleurs permis que tous les producteurs et commerçants reviennent et en ont informé les populations à fort coup de communication. Bien loin les obligations de distanciation et la mise en place des normes de circulation !

Remember

En 1945, après six années de guerre, le bilan était sans appel. Le monde était détruit, tant sur le plan humain et moral que sur le plan matériel et économique. L’économie de l’entre-deux-guerres (1919-1939), au même titre que la politique internationale menée par les nations au cours de cette période, prend sa part de responsabilité dans la guerre qui éclate en 1939. Le protectionnisme excessif des Etats, pour les uns, le désordre monétaire, pour les autres, auraient favorisé la « crise des années 1930 », à l’origine de la guerre. Au sortir du conflit, l’idée, sur le plan économique, est donc de favoriser le libéralisme et de stabiliser les monnaies nationales. Dans ce but, le 22 juillet 1944, 44 pays signent les accords de Bretton Woods (Etats-Unis) aux termes desquels la coopération économique internationale doit l’emporter sur l’isolationnisme financier d’avant-guerre. Un tel principe est mis en pratique par deux institutions : en premier lieu, par le Fonds monétaire international (FMI), qui doit garantir la stabilité des monnaies nationales ; en second lieu, par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), une banque mondiale qui doit financer la reconstruction des pays détruits par la guerre... Et rappelons-nous le discours du Président Macron le 16 mars dernier : "Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes, mais en guerre. Nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre nation. Mais l'ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale." ...

Des similitudes

Aujourd’hui, les historiens ne considèrent plus les conflits en eux-mêmes, mais comprennent l’intérêt des périodes qui les suivent, où tout est à rebâtir. Cela revient à s’interroger sur le terme de « reconstruction » : est-il synonyme d’après-guerre ? Désigne-t-il un phénomène économique et social ? L’après-guerre est, par définition, une période de remise en ordre, mais cette remise en ordre dépend du contexte politique, économique et social dans lequel on tente de l’effectuer, et plus prosaïquement de l’étendue des dégâts et des moyens dont on dispose pour les effacer. Les solutions envisagées restent de toute manière d’ordre national : Jean Monnet (1), qui avait proposé et animé pendant le conflit une organisation des efforts maritimes et économiques de l’Angleterre et de la France, aurait voulu que ces conseils et comités soient maintenus après la guerre pour assurer une reconstruction harmonieuse de l’Europe, mais sans parvenir à imposer ses idées. De manière générale, le problème de la reconstruction est rarement posé en termes de besoins en logements, même après 1945, où le premier réflexe consiste à « réparer », par le biais des subventions, allègements de charges ou autres primes, comme c'est le cas aujourd'hui. Bertrand Vayssière dans son essai « Guerres mondiales et conflits contemporains" paru aux Presses Universatires de France (2) déclare : « Chaque reconstruction s’est ainsi nourrie de la précédente, laissant de côté toute imagination créative, dans une sorte de « pédagogie du malheur » où le passé et l’avenir ont tous deux une place ambiguë. Peut-être cet état de fait permet-il de rappeler que destruction et reconstruction sont les deux facettes d’un jeu à somme nulle, dans lequel la nostalgie et l’appel au progrès n’arrivent pas à se départager ? »

La folie humaine d'une part, un virus d'autre part

Alors peut-on comparer une situation de guerre mondiale et son lendemain à celle d'une pandémie mondiale et son après ? Outre le fait que les deux grandes guerres ont entraîné des destructions massives de bâtiments (maisons, écoles, églises, entreprises), elles ont aussi entraîné des morts par millions, intégrant les exterminations massives. Alors, si le COVID-19 n'a pas entraîné de destructions matérielles, elle a son lot de destructions humaines, qui se comptent elles aussi pas centaines de milliers dans le monde. Et une destruction d'une autre ampleur, puisqu'indirectement liée à l'homme, mais à un virus, indomptable, même dans nos civilisations les plus avancées sur le plan scientifique et médical. Et l'on pourrait presque pu parler d'extermination, puisque le virus a insidieusement, sournoisement et majoritairement a emmené les plus âgés d'entre nous... Bien évidemment, il serait totalement irrationnel de comparer un génocide dû à la folie de quelques xénophobes ou obscures théories raciales à la propagation d'un virus... Pourtant certains n'ont pas eu peur de crier au complot venu de Chine et d'autres d'affirmer que des choix de survie avaient dû être faits...Telle la méthode du baobab ! Cela étant, juin 2020 a raisonné comme juin 1944, la voie de la libération. N'oublions juste pas que celle-ci ne fut effective qu'un an après et qu'il y eut encore de nombreux morts avant cela.
Je terminerai mon propos sur une note positive : Les années 1945 et suivantes, jusqu'au milieu des années 1950, furent pour la plupart des pays européens une période de baby-boom. Il pourrait bien en être ainsi de l'année de 2021, 9 mois après la fin du confinement...

(1) Jean Monnet, né le 9 novembre 1888 à Cognac et mort le 16 mars 1979 à Houjarray (Bazoches-sur-Guyonne), est un fonctionnaire international français, banquier international, promoteur de l'atlantisme et du libre-échange. Il est considéré comme l'un des « pères de l'Europe ».
Agent d'influence au service de la France, puis plus généralement des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, il propose en 1940 le projet d'Union franco-britannique et devient un des artisans de la planification française au moment du Plan Marshall, et un des principaux fondateurs de la Communauté économique européenne (traité de Rome de 1957) et du Marché commun européen (1968). Ceux-ci sont les prédécesseurs de l'Union européenne.

2) Essai de Bertrand Vayssière "Guerres mondiales et conflits contemporains" paru aux Presses Universitaires de France



Article du 03 juin 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


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