Point de vue. Isolement dû au confinement : du bon et du mauvais...

Deux mois durant, les Français ont dû rester confinés chez eux, dans des conditions parfois bien différentes les unes des autres. Cet isolement subi a révélé des effets positifs, mais aussi négatifs, notamment en fonction de l'âge et du milieu social. Point de vue de notre chroniqueuse, Julia Martin.

Photo d'illustration


Dans ma précédente chronique, je parlais de la « folie de la libération » suite au confinement qui résonnait comme un après-guerre (relire la chronique du 3 juin dernier). Mais aujourd'hui, avec du recul, je me dis que cet engouement est bien logique. Comment, de notre province, dans une maison avec jardin, ne pas comprendre ces citadins, confinés dans un appartement de 40m2 sans balcon ni terrasse et avec 2 à 3 enfants ? Cela nous semble impossible de vivre enfermé dans un espace aussi restreint durant des semaines. Une situation d'isolement forcé du reste de son environnement habituel. Et, le constat qu'en font les thérapeutes, c'est qu'à la différence d'un isolement volontaire pour des motifs positifs comme la recherche d'intimité, le besoin de prendre de la distance, de supprimer toute sollicitation extérieure perturbante pour permettre une meilleure concentration, réflexion, méditation ou ressourcement, l'isolement subi contrevient aux besoins relationnels élémentaires de la personne. Celle-ci se trouve alors en situation d'isolement social : ses relations sociales sont amoindries ou perdues, ce qui les conduit, la plupart du temps, à éprouver un sentiment de souffrance et de solitude. Et cet isolement entraîne des effets physiologiques et/ou psychologiques.

Des pathologies distinctes

L'ouvrage datant de 2008 de John T. Cacioppo, Loneliness: Human Nature and the Need for Social Connection, décrit des pathologies distinctes à travers lesquelles l'isolement social contribue à fortes maladies et à la mort prématurée. « La solitude forcée ou confinement a été une méthode punitive à travers les époques, souvent considérée comme une forme de torture. En contraste, certaines conditions psychologiques (telles que la schizophrénie et le trouble de la personnalité schizoïde) sont fortement liées aux recherches de la solitude. Durant certaines études animales, l'isolement cause une psychose. Les criminels et délinquants récidivistes sont maintenus en « isolement » dans les prisons afin de préserver la société de leurs méfaits. » Avec le confinement dû au Covid-19, les hommes et les femmes ont été maintenus dans un isolement, afin de les préserver, mais aussi de préserver la société et leurs congénères d'une possible infection et du développement de la pandémie.

Développement de la créativité

Passer du temps en isolement peut être bénéfique. La liberté est considérée comme le facteur le plus bénéfique de l'isolement ; aucune contrainte ne peut atteindre un individu en isolement, ce qui donne plus de liberté dans ses activités. Grâce à cette liberté, les choix d'un individu sont moins affectés par l'entourage. La créativité d'un individu peut également être attribuée à l'isolement volontaire. En 1994, le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi découvre que « les adolescents qui ne peuvent passer du temps seuls sont moins attraits à la créativité. » Un autre effet bénéfique prouvé dans l'isolement est le développement de soi. Voilà pour les théories scientifiques... Mais pour ce qui est du confinement dû à la pandémie Covid, il ne s'est pas agi d'un isolement solitaire, du moins dans 90% des cas. Il s'est agi d'un isolement familial, donc à plusieurs repliés sur eux-mêmes et en plus ayant pour la plupart des contraintes, comme par exemple « faire l'école » aux enfants et ados. Certes cet isolement a été pour beaucoup vecteur de créativité : comment remplir ses journées, comment rendre son intérieur plaisant, quelle nouveauté culinaire concoctée... Mais, ce repli en milieu clos et en comité restreint durant des semaines, s'il a pu resserrer les liens au sein du « cocon » familial, a pu aussi avoir des effets négatifs, notamment sur le plan psychologique, qui peut dépendre de l'âge. Chez certains même, on a pu parler de "burn out" parental...

Risque de timidité et d'isolement social

Chez les jeunes enfants, alors que la solitude n'est pas choisie, l'isolement peut entraîner une préférence à rester seul dans sa chambre ou en famille, ce qui peut causer la timidité et l'isolement social, notamment vis-à-vis d'autres enfants du même âge. Ce n'est pas pour rien que les familles attendaient avec impatience la réouverture des écoles, même si ce droit n'est pas acquis pour tous. Du moins avec la fin du confinement, les enfants peuvent sortir et croiser d'autres congénères du même âge.

Risque de dégénérescence physique et mentale

Parlons aussi des personnes âgées : toutes n'ont pas vécu le confinement de la même façon, qu'elles soient en EHPAD (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou seules à leurs domiciles. De fait, si le confinement en maisons de retraite ne leur a pas permis durant des mois de voir leurs familles, on ne pouvait parler d'isolement, tant elles étaient entourées de personnels soignants ou avaient la possibilité de croiser d'autres patients. Par contre, à domicile, là c'est bien de solitude dont on pouvait parler : pas non plus de visite familiale et peu ou pas d'autres visites, soignants, voisin(e)s ou ami(e)s et pas de sorties, ces personnes étant les plus vulnérables face au virus. Dans ce cas, les effets psychologiques et physiques ont parfois été dramatiques, même si de nombreuses associations et leur lot de bénévoles se sont dévoués corps et âmes aux services de ces anciens, en allant faire leurs courses par exemple. Or, selon une étude de Cap Retraite, "chez les personnes âgées de 60 ans et plus, on compte plus de 4 millions d’entre elles habitant seules. Une solitude parfois choisie, mais bien souvent subie, puisque 1,5 million de personnes de plus de 75 ans déclarent souffrir de solitude". Et l’impact de la solitude chez les personnes âgées peut être dévastateur, avec des dommages qui affectent tout le corps. En fait, la solitude représente un facteur de risque important pour l’altération de la fonction cognitive des personnes âgées. Une vie sociale riche et active est le premier moyen de ralentir les maladies neuro-évolutives liées à l’âge, de prévenir la dégénérescence physique et mentale et de rester en bonne santé longtemps.


Article du 10 juin 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


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