Humeur. La parole aux auteurs locaux : #1 Pierre Creet

En ces périodes quelque peu moroses, Le Kiosque a décidé de donner la parole aux auteurs du saumurois. S'ils le souhaitent, ils peuvent nous adresser des pamphlets ou billets d'humeur. Premier à s'y aventurer, Pierre Creet, auteur de nombreux ouvrages atypiques, dont le dernier « La grenouille jaune ». Avec son franc parler et son humour bien connus, « l'écrivain qui gagne à être lu » a intitulé très symboliquement son écrit « Nous survivrons ! »

 

 


L’excellent Kiosque, à qui je ne peux rien refuser, se basant sur mes phénoménales qualités littéraires (aucun doute, c’est évident !) me demande d’écrire un billet d’humeur, voire un pamphlet (là, il y a prise de risque…) à propos de la COVID. Adepte du roman, cet exercice court n’est pas vraiment dans ma catégorie ; tentons le coup cependant, sans filet. Mais que dire qui n’ait point été déjà rabâché en tous sens et toutes déformations ?

On se comprend : soyez d’abord assurés par le fait que moi, comme vous, avons une pensée sincère pour ceux qui souffrent du virus ambiant et persistant, et qu’on connaît mal car il y a visiblement désinformation sinon mensonges, hold-up (!) sur la vérité de la pandémie dont nous nous méfions cependant, et ses traitements.
Bon, ça c’est fait !
Prions pour que Jean Cassetête ne nous la brise pas complètement !
Ça aussi, c’est fait !

Ceci étant dit, pour attaquer en joie : on nous confine à nouveau alors qu’à l’évidence le premier confinement n’avait rien réglé… Bientôt on va nous dire qui inviter, ou pas, chez nous pour le réveillon de Noël… Non mais des fois, faut pas pousser papa Noël dans l’sapin !

Notons pour rire encore un instant que je me suis insurgé sur le changement de nom de l’ennemi en cours de partie : de Corona, pétillant donc comme la marque de bière en question, il s’est planqué sous la neutre appellation de COVID. Voilà bien un regrettable changement de ton qui mérite une bonne tape aux fesses !

Pour moins rire, notons que ça dure, et devient insupportable, et encore : sans visibilité.

Il est notoire que les masques enquiquinent les bipèdes que nous sommes ; par le passé il ne servaient qu’en chirurgie où je me suis rendu parfois, et lors de certaines soirées auxquelles certains de vous ont participé mais qu’ils se rassurent, il n’est pas là le lieu de la délation ! Ils nous empêchent de voir nos interlocuteurs, ce qui est regrettable et modifie nos comportements. Signalons au passage que dans la loi il est interdit de se présenter masqué en plein d’endroits… une contradiction de plus…

À propos de délation et de durée… il ne faudrait pas que cet épisode s’éternise, car on voit déjà que certains se défient de certains autres… Il serait malheureux que des clans se forment (les jeunes… les vieux… les pro masque… les contre… les pro vaccin… les contre…) et aillent jusqu’à se haïr, ce qui s’est déjà vu ; alors que nous sommes tous sur le même bateau, même s’il prend l’eau… il y avait jusqu’à lors assez de la politique, des clubs de foot, et des avec ou sans gluten, pour diviser les peuples !

En ces moments, gravement encore, nous constatons chez nos contemporains une crainte anormalement excessive de la mort, qui porte certains à un stress exagéré, une peur de trop, une parano… ceci pour eux, ou pour leur proches, même pour les autres : Dans la nature, dont nous perdons les notions fondamentales de bon sens, les animaux sont plus terre à terre : la mort des uns des leurs ne les ravit pas, mais ils l’acceptent. Et si, comme eux, raisonnablement, nous incorporions que la mort fait partie de la vie, et que nous mourrons bien sûr puisque nous avons la chance de jouir de la vie.
Notons encore que plus les peuples riches sont assurés contre tout, (ce qui est notre cas) plus ils ont peur de tout : avouez que c’est paradoxal…
Contre cette peur ces peuples sont pourtant depuis longtemps bien endormis par les sornettes de nos dirigeants, qui aujourd’hui mettent la gomme : attention alors de ne pas finir anesthésiés !

À ce jour où j’écris ces mots (13 11 2020) je trouve impensable de ne pas pouvoir (masqué et avec distanciation sociale) acheter un bouquet de fleurs chez un fleuriste, où vous un de mes excellents romans comme La grenouille jaune dans une librairie, alors qu’il y a bien moins de monde dans ces petits commerces que dans le métro ou l’autobus ! Là, on peut même se demander où ils veulent en venir…
J’ai eu moi-même deux petits commerces sur Saumur : l’éphémère mais fougueux Café vert ! à St Hilaire St Florent il y a un bientôt un demi-siècle déjà, et le Blues Rock Magazine en centre ville fin du siècle passé, alors je me semble (c’est comme ça !) être légitime pour souffrir avec les petits commerçants qui, souvent ne survivent que pour que tienne leur petite affaire qui est fréquemment toute leur vie, et le concentré de tous leurs espoirs !
Ah ! le voilà le mot : L’ESPOIR… voilà ce que notre société a perdu…
Il y a encore peu, les petits commerçants avaient le sentiment d’être délaissés par les autorités, ce jour ils sont abandonnés. Et ça, comme pour beaucoup d’autres oubliés (les soignants, les chauffeurs routiers, les petites entreprises personnelles, les petits boulots, etc.), fait partie des hontes de la période.

Alors, l’excuse est là, dans la fuite des responsabilités : on annule tout ! On préfère la mort cloîtrée au risque ! Un comble.
Mais, à force d’annuler tout, par facilité, peur des responsabilités, peur tout court, lâcheté, machiavélisme, il ne restera plus rien du bien du monde d’avant pour le monde d’après qui est annoncé formidable ! Ah ! non, couillon de moi-même : j’oubliais, il y aura la 5G…
Faudrait quand même pas nous prendre pour des abrutis patentés avec ce Grand Tuyau : il y a eu la 1G et puis le monde n’a pas été plus heureux, la 2G… idem, ensuite la 3G pareil, aujourd’hui la 4 et la 5 demain : Pareil ! Non ! La vitesse c’est de la poudre aux yeux, elle ne sert à rien, et aucune course à l’armement par le passé, ni donc à la technologie de nos jours, n’a jamais ramené la Paix ! Non ! Ce qui compte c’est l’Humain, c’est l’Amour !
Et que penser à terme d’un humain déshumanisé, cloîtré chez lui à longueur de mornes journées à surfer pour tout faire, déjà rabougri, décharné, anémié, spectre dérisoire, aveuglé par les lumières de ses écrans faute de celle du jour, vain… Est-ce là ce qu’ils veulent ?
Un observateur neutre notera qu’alors ces ersatz de bipèdes ne descendront plus dans la rue faire la révolution par exemple… au reste leurs membres atrophiés ne leur permettraient plus… et on ne les retrouvera pas, non plus, au square d’en bas, se bisouiller tendrement, comme les amoureux des bancs publics de Georges Brassens dans le monde d’avant…

Stop ! Je ne vais pas vous en écrire un roman, et n’écrirai assurément pas un livre sur cette pandémie que j’espère nous oublierons vite, alors stop !

Mais je veux finir en disant à mes lecteur(ice)s (et futur(e)s je l’espère !) qu’ils me manquent, car oui, j’ai été et suis privé de vous, mes dédicaces étant annulées, reportées. Quand j’étais (plus) jeune (mais j’ai toujours 20 ans dans ma tête !) et que je jouais du pop - rock dans un groupe, je n’avais qu’une hâte : retrouver la scène et le public ; je suis un réel passionné, alors avec l’écriture c’est pareil.
Que mes lecteur(ice)s se rassurent, j’aurai pour eux une nouveauté, et peut-être même deux, l’an prochain, de quoi oublier les sales mauvais moments endurés, car, une chose est sûre : Nous survivrons !

A propos de Pierre CREET

Né à Neuilly-sur-Seine, au hasard rocambolesque d’un retour en catastrophe des Indes de sa mère, qui l’abandonnera vite, cet orphelin (mais toujours positif) est recueilli pour sa première année dans un couvent de bonnes sœurs en banlieue parisienne ! Il avoue, son éternel sourire de défense aux lèvres, y avoir apprécié d’être de bonne heure chéri par les femmes ! Élevé ensuite par ses grands-parents maternels, il vit à Saumur jusqu’à ses vingt ans sans être arrivé à se fixer dans aucun collège ou lycée… étudie l’architecture un an aux Beaux Arts d’Angers, file à Paris pendant 5 ans, atterrit en Touraine ensuite.
Après avoir été musicien, goûteur de caviar, imprimeur, producteur de spectacles, gérant de café concert / boîte de nuit… il écrit avec passion.
Ses vingt dernières années sont riches d’une douzaine de romans ne laissant jamais ses lecteurs indifférents, et autant de nouvelles percutantes.
Ainsi, avec un parcours autant diversifié, il est logique que cet écrivain, aussi intéressant et attachant que dérangeant, gagne à être lu.
Lucide et clairvoyant, ce véritable raconteur d’histoires, ennemi des confortables conformismes de pensée, est en plus un inlassable chercheur de vérités : Au-delà du réel plaisir de lire la découverte de ses histoires modernes et captivantes, il offre donc une seconde lecture au lecteur.
Mais, lui, reste très sensible, humain, et on le sent au fil de ses pages.
C’est ce contraste singulier, qui lui est si particulièrement propre, s’ajoutant à son imagination naturellement débordante, qui crée toute la force et le charme original de ses romans !
Rencontrez-le : www.pierrecreet.fr


Article du 14 novembre 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


10 commentaires :


Commentaire de PRÉVOST 14/11/2020 11:50:16

Je n'ai qu'un mot à dire BRAVO, bravo pour ces mots justes, bravo pour ce ton enjoué avec lequel vous évoquez des choses graves, bravo pour la petite lueur que vous allumez dans nos coeurs, bravo pour avoir le courage de vous engager, bravo pour l'exemple que vous donnez d'un investissement possible, sans haine ni jalousie.



Commentaire de Raminagrobis 14/11/2020 15:23:39

Un réel plaisir à lire ce billet d'humeur.



Commentaire de François-Marie Arouet 15/11/2020 11:38:45

Félicitations ! Très beau texte plein de vérité et de foi dans la vie. C'est un antidote magnifique au virus du désespoir qui se répand dans la population et qui tuera certainement plus que l'autre.



Commentaire de boleau 15/11/2020 18:20:24

Pierre Creet, Voila au moins du posutuf dans cette pandémie,un beau message rempli d\'humour qui nous enchante,merci donc pour ce moment passé ensemble,vous pourrez continuer pour nous tous. Amitiés Saumuroises. \' une petite précision,quand on n\'est plus jeune,selon moi il conviendrait de dire,quand j\'étais moins vieux!, la première version appartient au passé:



Commentaire de Gino Blandin 15/11/2020 19:14:40

Bravo Pierro ! Ce que tu as écrit est super. Je constate avec plaisir que tu n'as rien perdu de ta verve légendaire. Tu as raison, il faut réagir. Tu es vraiment un auteur intéressant, attachant et dérangeant. Fort est de constater que le sujet t'a interrogé. Tu as dû y passer du temps, chapeau !



Commentaire de Hum! 16/11/2020 09:50:55

Je ne vois pas où est le positif et l'humour dans ce billet. Si certains ont la solution immédiate et définitive pour contrer ce virus, qu'ils n'hésitent pas un instant pour prendre des Responsabilités! La critique est facille mais l'art...



Commentaire de Hum! 16/11/2020 09:52:03

Je ne vois pas où est le positif et l\'humour dans ce billet. Si certains ont la solution immédiate et définitive pour contrer ce virus, qu\'ils n\'hésitent pas un instant pour prendre des Responsabilités! La critique est facile mais l\'art...



Commentaire de Jeanine Hermetz 19/11/2020 09:50:10

bien d'accord avec toi Oui hâte de te retrouver en dédicaces pour de nouvelles lectures SINCÈRES AMITIÉS PIERRE



Commentaire de Pierre CREET 19/11/2020 10:09:50

Bonjour et merci à tous, dont Le KIOSQUE qui a eu le mérite de publier mon article, singulier mais sorti du cœur : « Nous survivrons ! » Salut donc à Gino Blandin mon collègue écrivain, et aussi au 7ème commentaire, mon détracteur, à qui je précise juste ce qui suit. Le KIOSQUE n’avait pas demandé une rédaction documentée et exhaustive (ce que j’aurais été incapable de produire), mais un billet d’humeur ou pamphlet : il s’agit donc bien d’y confier son état d’âme que l’on écrit à l’instinct, comme ça vient, sans réfléchir, direct, d’un trait, selon l’humeur aussi évidemment, et c’est ce que



Commentaire de @Pierre CREET 19/11/2020 16:57:55

Bien sûr mais il faut savoir aussi accepter les opinions contraires.



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