Les conseils de Yolande Mille : Covid 19 et la peur de mourir

Pour la durée du confinement, le kiosque a demandé à Yolande Mille de traiter d'un sujet lié aux conséquences de la période difficile que nous traversons. Pour ce troisième traité (1), la psychanalyste clinicienne saumuroise aborde la manière dont on réagit face à la Covid et la peur de la mort pour nous et nos proches que cela entraine.

 

 


Applaudir les soignants a très vite fait sens lors du premier confinement. Le fait qu'ils travaillent au contact du virus nous a semblé courageux. Ce qui indique que nous avons vite eu peur de l'attraper, même si nous n'en avons pas eu toujours conscience. Un professionnel n'est pas courageux parce qu'il exerce sa profession, mais parce qu'il est en face de quelque chose qui est un danger et que nous ne voudrions pas être à sa place.

Incertitude ?

Mais dans ce second confinement, avons-nous seulement peur de la contamination comme dans le premier ? Au premier nous avons cru entendre que seules les personnes très âgées et celles de santé fragiles devaient craindre de l'attraper. Cette information a été contredite par d'autres qui venaient indiquer que des personnes jeunes en pleine santé étaient lourdement éprouvées. Là encore, on pouvait toujours se rassurer en entendant que de nombreuses jeunes personnes et des professionnels avaient été contaminés par ce virus sans le savoir. Ce qui suggérait que l'on pouvait très bien supporter le virus, au point de ne pas en avoir conscience. Sommes nous tous exposés au risque de perdre la vie, l'incertitude demeure !

L'anxiété de la mort

Dans cette incertitude nous semblons divisés : il y a ceux qui ont toujours eu peur, ceux qui commencent maintenant à avoir vraiment peur et ceux qui refusent. Mais en réalité cette division n'est qu'apparente. “Moi ça ira ! Peut-être que pour les autres ça ira moins bien ! C'est possible ! » Le fait que beaucoup d'entre nous refusent de céder à la panique ou tout simplement ne ressentent pas d'inquiétude consciente ne veut pas dire qu'il n'y a pas une anxiété qui nous concerne tous. Une même anxiété pour tous !!! Nous la vivons à des stades différents selon nos vécus personnels qui nous aident ou pas à l'envisager : c'est l'anxiété de notre mort personnelle, la peur très personnelle de mourir.

Envisager sa mort ?

On dit qu'il faut bien mourir de quelque chose, mais c'est un raisonnement logique seulement. On dit que les personnes très âgées se rapprochent à grands pas de la mort, mais nous essayons toujours de les imaginer soulagées. Aucune erreur possible : la mort logique, biologique, soulageante, ce n'est pas la nôtre ! Si l'on s'oblige à être honnête, si on ne tombe pas dans le raisonnement automatique, la nôtre c'est celle dont on ne veut surtout pas, pas maintenant. C'est celle à laquelle on ne se prépare pas, on ne veut pas. Elle ne serait pas logique. Elle nous surprendrait. Elle serait une privation du temps que l'on veut encore vivre. Envisager notre mort personnelle serait envisager celle qui viendrait nous contredire puisque l'on est convaincu tous les jours, dès notre réveil, d'avoir encore du temps.

Envisager que ce soient les autres qui décèdent c'est avouer notre refus de l'envisager pour nous. Oui, c'est vrai, le virus en lui-même ne nous effraie pas quand nous affirmons que certains paniquent trop vite, ou que pour nous ça ira, même si on l'attrape...C'est davantage notre difficulté à supporter la peur de notre propre mort, qui s'exprime.

Accepter les contraintes

Alors, comment faire ? Que veut dire la supporter ? L'accepter avec fatalité ? Cynisme ? Déprime ? Ou l'envisager pour être efficace dans le maintien de notre temps de vie ? Comment ? Peut-être prendre un temps pour regarder sincèrement cette peur afin de rallonger nous-mêmes notre durée de vie. Peut-être en faisant retour sur ce que notre vie nous a apporté. Si elle est encore trop inachevée à notre gout, comme nous le ressentons presque tous, alors nous aurons le besoin de mettre les masques et nous envisagerons sincèrement les gestes demandés non plus comme des contraintes pénibles, réductrices, politiques, autoritaires... mais au contraire, spontanément, comme une sécurité qui participe à notre désir à tous que notre mort personnelle ne soit plus si proche !

(1) Les deux précédentes rubriques :
- 06/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. Que faire si on a peur d'être avec soi même ?
- 13/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. La difficulté de vivre en couple.

Yolande Mille - yolande-mille.com


Article du 20 novembre 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


5 commentaires :


Commentaire de On va pas en faire un fromage 21/11/2020 07:27:36

Ça viendra quand ca viendra On sera pas au courant



Commentaire de Team Harley Queen, Joker, Bane, Pingouin, Épouvantail, Krok Killer 21/11/2020 11:28:37

Peut on verser les cendres d'un défunt dans la Loire ? Ça ne causera pas de dérèglement du taux de tritium. Le premier confinement a mis à mal les relations de couples mais aussi de voisinages. Des habitants proches de forêts ont fait du gardiennage avec un double décimètre et des pancartes " ici c'est nous " l'inconscience et l'insouciance sont souvent des qualificatifs pour les phases d'adolescents. La vie c'est mûrir. Je me rappelle d'une bonne maman qui avait ramassé une mirabelle au pied de l'arbre fruitier assez âgé. C'est effrayant la blague des sacs plastique pour les steaks à la canti



Commentaire de Christiane JOURDANI 21/11/2020 11:58:58

MAIS NOUS SOMMES DEJA MORTS !! regardez notre vie, masqué, éloignés les uns des autres, méfiants des contacts, il nous reste Amazon pour acheter (si on en a encore envie) et la télé pour se distraire. TOUT EST PARTI, ENFUI, et même si en fait cette pandémie qui tue si peu diminue, il reste la peur qu'on nous a enfoncé plus profondément que l'écouvillon des inutiles tests. Un holocauste de notre société jadis si gaie et libre...



Commentaire de Très bien vu 22/11/2020 10:11:46

Etre respectueux et reconnaissant envers les soignants, il faut l'être dans la vie de tous les jours et pas seulement quand des situations hors du commun surgissent. Je n'ai jamais applaudi les soignants car je trouvais cela ridicule d'une certaine façon. Oui, les applaudissements ont certainement été guidés inconsciemment par la peur et cela devait rassurer comme pour conjurer le sort.



Commentaire de Christiane JOURDANI 22/11/2020 10:23:11

C'est intéressant. Vos propos politisés sont dans l'excès total. Cela reflète par ailleurs un grand égoïsme et la volonté d'occulter totalement cette pandémie. Regardez plus loin que votre petit confort personnel et vous verrez que d'appliquer des mesures sanitaires ne sont pas des contraintes insurmontables.



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