Les conseils de Yolande Mille : #6 confinement. Comment accepter les décisions du gouvernement ?

Pour la durée du confinement, le kiosque a demandé à Yolande Mille de traiter d'un sujet lié aux conséquences de la période difficile que nous traversons. Pour ce sixième traité (1), la psychanalyste clinicienne saumuroise aborde la difficulté d'accepter la contrainte quand les annonces du gouvernement annoncent les prolongations et semblent faire comprendre que ça va être long. Comment faire pour supporter ?


Cette fois-ci, nous ne bénéficions pas de l'effet de surprise ! Les semaines qui ont suivies le 13 mars, nous avons suivi pas à pas les prolongations de cette première expérience d'un confinement. Actuellement, lorsque nous écoutons les annonces du gouvernement, nous vivons moins au jour le jour et nous anticipons nous-mêmes la possibilité d'une prolongation. Cette possibilité connue, la vivons-nous mieux ? Plusieurs d'entre nous ont la chance d'avoir pu reprendre une vie professionnelle, même si elle est ralentie. C'est sans doute le premier point pour pouvoir accepter les prolongations. Quand le revenu économique est à peu près assuré, que reste-t-il de difficile à accepter dans ce que nous devinons des prolongations à venir ?

On est habitué à avoir des limites

Après l'inquiétude économique, ce qui va être difficile dans cette autre vie, c'est la suppression des moments subjectifs que l'on aime, nos satisfactions à nous, personnelles, dont la vie collective nous offrait ça et là les moyens : se recevoir, se visiter, les promenades en ville ou ailleurs, mais libres, sans limite kilométrique ni horaire, les activités collectives, sportives, associatives, les prestations de service autour du bienêtre, restaurant, cinéma, etc. Aujourd'hui la fréquentation des espaces publics est restreinte. La durée pour vivre quelque chose hors de chez soi, même seul(e), est restreinte. Le déplacement géographique, même seul(e), est restreint. Il n'y a plus, pourrait-on dire, que des limites ! Mais en quoi est-ce gênant ? Après tout, nous sommes tous rodés, habitués, aux limites : dans nos vies professionnelles, familiales, sociales, étudiantes.

L'extérieur des stimulations nécessaires

Oui, mais dans notre vie d'avant (espace public libre, kilomètres libres, durée libre) nous y trouvions des relations et des espaces-temps de bonheur, des choses, des moments, que nous allions rechercher, car nous les aimions. Toutes ces petites choses qui nous faisaient du bien... Elles nous nourrissaient peut-être pour supporter le reste. Leur quantité est maintenant très limitée et seuls nos temps à domicile ne le sont pas. Or, nous savons qu'au sein de nos domiciles, nous ne pouvons pas revivre à l'identique ce que nous vivions avant à l'extérieur, avec les autres de l'extérieur... Des temps de sport à domicile, en famille ou seul, oui bien sûr c'est possible, des temps à domicile de lecture, de cuisine, de loisirs créatifs, avec les proches du quotidien ou seul(e), oui cela peut être agréable ; mais cela ne viendra pas remplacer les moments de contentement qui étaient à vivre seulement à l'extérieur. Les temps de vie hors de la sphère privée sont des stimulations nécessaires aux personnes âgées pour ralentir considérablement la baisse de leurs activités cognitives (mémoire, concentration, langage, sociabilité des émotions, etc.), mais ils sont aussi des stimulations nécessaires aux plus jeunes pour empêcher les états dépressifs dus à l'isolement, au renfermement sur soi. De même, ils sont nécessaires aux actifs qui par eux, évitent les diverses fatigues psychologiques et physiques causées par une diminution des motivations, notamment face aux contraintes professionnelles à vivre.

Le bien commun : la sécurité de tous

Alors que nous reste-t-il à investir dans les relations et les temps extérieurs au domicile, qui puisse encore nous porter ? La notion du bien commun qui est la raison d'être de ce confinement potentiellement durable ! Supporter le confinement consciemment en se rappelant au jour le jour ce que peut signifier quelque chose comme un bien commun.
La sécurité de tous, c'est peut-être notre nouvelle relation aux autres et au monde extérieur au domicile. Si notre histoire personnelle rend difficile l'habitude nouvelle de cet exercice kantien de penser et de ressentir*, un travail sur la violence que représente pour nous ces limites ordonnées au bien commun, reste possible chez un professionnel. Car finalement, nous allons finir par revivre ce que nous avions plus ou moins bien vécu, il y a des années : ce que le principe d'autorité parentale soutenait, à savoir les règles frustrantes. A l'époque nous n'avions pas bien compris ce dont elles nous protégeaient. Maintenant, nous avons peut-être la chance de les respecter volontairement, ou d'être aidés à les vouloir.

* Kant voyait la dignité de l'Homme dans ce qu'il appelait sa dimension morale. Non pas celle judéo-chrétienne qui distingue le bien et le mal, mais celle qui croit aux idées générales de la Raison compatibles avec les bonheurs subjectifs, singuliers. Cette dimension morale est pour lui, non seulement la capacité à percevoir ce qui est nécessaire à tous (bien commun : sécurité financière et sanitaire, le respect de l'autre, le souci de l'autre, etc.), mais aussi et surtout la capacité à conserver en soi la croyance que ce qui est nécessaire à tous ne s'oppose pas à nos bonheurs personnels, mais les rend possibles, même si nous ne percevons pas toujours comment.

Yolande MILLE 06 78 27 95 28 site : yolande-mille.com

(1) Les 5 précédentes rubriques :
- #1 - 06/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. Que faire si on a peur d'être avec soi même ?
- #2 - 13/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. La difficulté de vivre en couple.
- #3 - 20/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Covid 19 et la peur de mourir
- #4 - 27/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Quelle relation à l'autre avec le masque
- #5 - 05/12/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Comment vivre la Covid quand on a 20 ans ?


Article du 13 décembre 2020 I Catégorie : Vie de la cité

 


5 commentaires :


Commentaire de Oscar+ 13/12/2020 12:25:06

Rien ne peut me faire accepter ces décisions absurdes !!!! Mais comme la génération actuelle des Français est peureuse... personne ne se rebelle contre des mesures disproportionnées face à une infection qui ne tue pas plus que le tabac, le cancer, etc... le Général De Gaulle avait raison de traiter les Français de « veaux » !



Commentaire de boileau 13/12/2020 13:03:37

Enfin des paroles réconfortantes et sensées,ce passage difficile pour nous tous,, sera rangé dans le rayon des souvenirs,pensez à ceux qui ne seront plus présents ainsi qu'a leurs familles,pour les autres la vie reprendra,il ne faudrait pas que des comportements ,contre le bon sens,entrainent des innocents dans la catégorie des victimes,soyons sérieux et nous aiderons la pandémie à disparaitre et nous en serons tous heureu.



Commentaire de Raminagrobis 13/12/2020 14:13:56

Pour accepter il faut croire et pour croire il ne faut pas douter Lorsque qu'on subit les inepties des privations de liberté qui ne mènent à rien d'autre qu'à une destruction du moral et de l 'économie on ne peut pas comparer avec les frustrations que nos parents nous ont imposé pour notre éducation .



Commentaire de Raminagrobis 13/12/2020 16:35:52

Comment peut on comparer une frustration d 'enfant à un dictat sanitaire incohérent. Les élus ne sont pas nos parents et nous ne sommes pas des enfants bien que ces élus nous prennent pour des gamins voir pour des.....



Commentaire de Lulute 09/01/2021 00:02:06

Oscar+ et Raminagrobis ont entièrement raison je n'en rajouterai pas à leurs excellents commentaires ! Merci chers amis pour votre lucididé et votre clairvoyance ;



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