Les conseils de Yolande Mille : #8 : Comment réussir à accepter de différer ses projets

Pour la durée du confinement, le kiosque a demandé à Yolande Mille de traiter d'un sujet lié aux conséquences de la période difficile que nous traversons. Pour ce huitième traité , la psychanalyste clinicienne saumuroise aborde la question de la patience face à la difficulté de repousser ses projets.


Nous différons nos rencontres avec nos amis, notre famille, nous patientons. Et nos projets dans tout cela ? Différer nos projets n'implique pas seulement notre bonne volonté et notre résolution à accepter le bien commun (le confinement de chacun pour le bien de tous) ? Les conséquences sont importantes, car les projets sont divers. Plusieurs vont au-delà des visites culturelles organisées et annulées, au-delà des festivités prévues et décommandées. Il y a ceux qui engagent davantage notre identité : professionnels ou non !

Des situations dramatiques

Au moment du premier et du second confinements, il y avait des entrepreneurs qui gardaient à flot coûte que coûte une entreprise familiale transmise depuis plusieurs générations, la conservant pour leurs enfants. Il y avait des auto-entrepreneurs qui se lançaient tout juste, qui tentaient une reconversion professionnelle, un second virage longtemps préparé. Il y avait des personnes qui avaient investi beaucoup d'efforts pour organiser le temps rare d'une cousinade de 100 personnes, 200..., leur permettant de retrouver, au-delà des simples membres d'une famille, de véritables racines. Il y avait ceux qui venaient de trouver un sens à leur vie dans le sentiment d'être utiles grâce aux heures hebdomadaires consacrées à une association impliquée concrètement et efficacement. Et que dire des étudiants dont beaucoup trop, en cette fin d'année, ont demandé des rendez-vous auprès des professionnels ? Découragés après avoir enfin trouvé leurs voies, car ils ne pourront pas payer un redoublement s'ils ne décrochent par leurs diplômes et le risque est bel et bien là, faute d'une qualité d'enseignement suffisante pour les réussir ?

Affirmer son identité

Notre identité ne nous est pas donnée, ni à la naissance ni à la manière dont on reçoit un cadeau, on le sait. On peut la découvrir par surprise, presque malgré soi pourrait-on dire, ou on la cherche volontairement avec efforts, mais on en a tous besoin. Ce n'est pas une affaire d'adolescent !! Quand on parvient à trouver, ou à concevoir:quelque chose qui nous parle, on se met en quête des conditions dans lesquelles on pourrait le vivre, le pérenniser. Or, qu'il s'agisse d'une identité familiale à travers une entreprise, ou à travers un passé retrouvé tous les 2 ou 3 ans, d'une identité professionnelle payée au prix fort d'une formation difficile, ou d'une identité dans l'aide aux autres, elles sont toutes suspendues. Quelles conséquences alors pour ceux concernés ? Ce n'est pas juste une question de patience. C'est bien plus ! Dire « je » quand on n'a plus grand-chose à vivre de soi, hormis le manque d'une identité attendue, espérée, c'est brandir un « je » pauvre, découragé, voire littéralement vidé.

Des conséquences psychologiques

Les conséquences financières sont extrêmement importantes, car l'argent, loin d'être sale ou vil, est la condition la plus sure de notre sécurité réelle. Mais malheureusement, des conséquences d'un autre genre peuvent être tout aussi terribles : celles psychologiques de la mise entre parenthèses de nos identités. Ne plus pouvoir vivre des perspectives qui nous ressemblent subjectivement, ressentir l'anonymat, voilà ce dont il faut essayer de comprendre et d'anticiper les effets sur nous avant de les vivre de plein fouet. Que tenter face à ce risque de perdre les investissements dans lesquels nous avons absolument besoin de nous reconnaître ? Si Sartre (dans l’Être et le néant) a raison et que « nos actes contribuent à nous faire », alors comment continuer à nous « faire » si les actes en lien avec qui nous sommes doivent diminuer pour un certain temps ?

Réussir à se comprendre

Le temps nécessaire, il nous faut garder en tête, consciemment et volontairement, l'essentiel de ce que nous savons de nous, puisque le réel extérieur nous offre moins d'occasions d'en faire l'expérience et de le ressentir. En règle générale, nous pouvons être un peu fainéants et attendre que le réel nous fasse vivre ce qui est important pour nous, plutôt que de le découvrir à l'avance grâce à la compréhension de notre passé. Mais actuellement, cerner, ressaisir avec un professionnel, l'ensemble de ce qui nous constitue, les branches essentielles de qui nous sommes, et pourquoi nous avons besoin de nous diriger dans telles ou telles directions, est certainement la meilleure manière en cette période de crise d'éviter de se sentir vide de soi.

Yolande Mille : 06 78 27 95 28 - site : yolande-mille.com

(1) Les 7 précédentes rubriques :
- #1 - 06/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. Que faire si on a peur d'être avec soi même ?
- #2 - 13/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille. Confinement. La difficulté de vivre en couple.
- #3 - 20/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Covid 19 et la peur de mourir
- #4 - 27/11/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Quelle relation à l'autre avec le masque
- #5 - 05/12/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Comment vivre la Covid quand on a 20 ans ?- #6 - - #6 - 12/12/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Comment accepter les décisions du gouvernement

- #7 - 20/12/2020 : Les conseils de Yolande Mille : Contre la Covid, faut-il contraindre ou laisser le libre choix ?



Article du 08 janvier 2021 I Catégorie : Vie de la cité

 


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